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« Il faut que les socialistes aient le courage de remettre en cause un certain nombre de dogmes et de slogans pour vraiment inventer le socialisme du réel et du 21ème siècle. »
Ségolène Royal
| Plus de 200 000 manifestants contre les suppressions de postes dans la fonction publique
Près d'un enseignant sur deux en grève, des lycéens formant le gros des cortèges
dans les manifestations : l'éducation nationale et la question des suppressions
de poste ont été au centre de la journée de mobilisation dans la fonction
publique, mardi 15 mai. Les chiffres fournis jeudi faisaient état d'une mobilisation importante des agents du secteur, aussi bien selon les méthodes de comptage du ministère que des organisations syndicales. Pour les collèges et lycées, les syndicats avançaient un taux de grévistes supérieur à 55 %, et atteignant 63 % dans les écoles. Selon le ministère de l'éducation nationale, les grévistes étaient 33,55 % dans le secondaire, et 46,16 % dans le primaire.
AFP/MICHEL GANGNE
A Marseille, 30 000 personnes, de source
syndicale, 7 000 selon la police, ont défilé à l'appel des syndicats UNL, FIDL,
FSU, CGT, CFDT, UNSA et Solidaires. Force ouvrière a défilé séparément, avec 10
000 manifestants selon le syndicat, un millier selon la police.
AFP/MEHDI FEDOUACH A Paris, entre 50 000 et 60 000
personnes ont rallié la place de la République, selon la FSU.
AFP/FREDERICK FLORIN Envriron 2 500 personnes ont défilé à
Strasbourg.
SERVICE MINIMUM PEU UTILISÉ "C'est une mobilisation réussie qui marque un mécontentement extrêmement sérieux", s'est félicité Gérard Aschieri, de la FSU (majoritaire dans l'éducation). "La mobilisation d'aujourd'hui, qui est déjà une réussite, n'est qu'un prélude à celle de jeudi prochain", a de son côté prévenu Bernard Dieudevant, secrétaire départemental de la FSU. A Paris, comme à Marseille ou Strasbourg, lycéens et enseignants formaient le gros des cortèges. Le président de l'UNL, Florian Lecoultre, expliquait jeudi matin au Monde.fr que cette mobilisation ne constituait pas un "baroud d'honneur" et que le mouvement lycéen se poursuivrait après le 15 mai. Le ministre du budget et de la fonction publique, Eric Woerth, a quant à lui estimé que "défiler avec des pancartes pour dire 'je veux plus de moyens', c'est une manière très égoïste de voir les choses". Pour faire face à la fermeture de nombreuses écoles, Xavier Darcos avait à nouveau demandé aux communes d'organiser un service minimum d'accueil, assuré par des agents communaux. Le dispositif a été refusé par la quasi-totalité des grandes villes, qui avancent des problèmes juridiques, d'organisation et le principe du respect du droit de grève. Près de 3 000 communes petites ou moyennes ont introduit ce service. Nicolas Sarkozy a promis, jeudi soir, que le gouvernement déposera avant l'été un projet de loi sur un "droit à l'accueil des enfants inscrits dans nos écoles" lors des mouvements de grèves et sur une déclaration préalable des enseignants grévistes. AFP et Reuters | 15.05.08 |

Décidément, rien ne se passe jamais comme prévu sur le projet de loi OGM. La majorité qui espérait que la deuxième lecture, hier à l’Assemblée nationale, ne serait qu’une formalité, a vite déchanté. En fin d’après-midi, une question préalable a été votée à la surprise générale par 136 voix contre 135, interrompant de fait l’examen du projet de loi.
Le député communiste André Chassaigne savoure: «Ce vote est assez exceptionnel. Le gouvernement et la majorité récoltent ce qu’ils ont semé. Ils ont refusé un vote solennel sur ce texte OGM, on s’engageait dans une discussion en sachant qu’ils occulteraient tout débat. Cela démontre que ce texte n’est pas prêt.» La majorité va finir par lui en vouloir, au député Chassaigne: c’était déjà lui qui avait soutenu en première lecture l’amendement 252, adopté en séance de nuit et qui restreignait les cultures OGM. C’est encore lui qui, hier, a défendu la question préalable.
Est-ce l’influence du pique-nique sans OGM organisé aux abords de l’Assemblée à l’heure du déjeuner par les associations de défense de l’environnement ? En tout cas, dès la reprise des débats, l’ambiance est assez tendue dans l’hémicycle entre une majorité et un gouvernement qui souhaitent en finir au plus vite et une opposition bien décidée à faire durer les discussions, en déposant plus de 800 amendements.
En introduction, Jean-Louis Borloo appelle à voter le texte - en fait l’article 1, le seul restant à débattre après le passage au Sénat - en l’état. «Nous bâtissons ensemble un compromis», renchérit la secrétaire d’Etat Nathalie Koscisuko-Morizet. Un compromis pas du goût de l’opposition qui dénonce d’entrée le refus d’un scrutin public.
«On voit bien que plus vite le train des OGM passera pour la majorité, mieux elle s’en portera»«Vous avez honte de votre propre vote» ajoute Yves Cochet (Verts), sous les huées de l’UMP, souligne François Brottes (PS).
Après le rejet d’une première motion de procédure, la question préalable défendue par André Chassaigne est finalement mise au vote et adoptée d’une voix — la présidente socialiste de séance elle-même semble ne pas en revenir en proclamant le résultat. Consternation sur les bancs de l’UMP face au tonnerre d’applaudissements des députés de l’opposition.
Ces derniers se précipitent à la sortie de l’hémicycle pour commenter leur coup: «Le gouvernement est clairement désavoué, sourit Germinal Peiro (PS), encore tout étonné. C’est une belle victoire pour l’opposition, ça montre notre mobilisation sur ce texte.» Les députés socialistes se mettent alors à conciliabuler pour décrypter la portée concrète de ce vote sur l’avenir du texte. L’UMP sort à son tour pour dédramatiser. «Il faut accepter cette péripétie, très désagréable pour la majorité», confie Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, avant d’expliquer que le texte n’est pas condamné.
Jean-François Copé, tout en esquivant les questions sur le manque d’élus UMP dans l’hémicycle au moment du vote, tente de garder le sourire: «Ce n’est quand même pas le drame absolu!» Même son de cloche de Roger Karoutchi, ministre des Relations avec le Parlement: «Le PS n’a rien gagné du tout, le texte n’est pas rejeté.»
Dans la foulée, un communiqué de François Fillon annonce la convocation d’une commission mixte paritaire pour examiner le texte, sans doute pour mercredi après-midi. Impensable pour l’opposition: «Le gouvernement a certes le pouvoir de passer en force, constate Jean-Marc Ayrault. Mais faire ça après cette sanction politique, une semaine avant le projet de réforme des institutions, ce serait un mauvais signe. Il faut que le gouvernement revoie sa copie.»
Les deux groupes de l’opposition ont sollicité une audience au président de la République pour lui demander d’ «écouter le Parlement». Le député UMP Lionel Tardy, lui, ne cache pas sa frustration: «Après les discussions que j’ai eues avec les députés de base, ça ne m’étonne pas. Moi j’allais voter contre ce texte. Il y a eu un manque de pédagogie du gouvernement. Ça fait plusieurs fois que je dis, attention, le vote n’est pas acquis. Mais en réunion de groupe ce matin, on n’en a parlé que trente secondes.» Résultat, on risque de reparler de ce texte bien plus longuement dans les semaines à venir.
Par Guillaume Launay LIBERATION.FR : Edition du mardi 13 mai 2008
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Le mystère Sarkozy Quelle chute, mes aïeux ! Nicolas Sarkozy avait promis un début de mandat qui trancherait avec celui de ses prédécesseurs. La réussite est totale : jamais dans la Ve République on n’a vu un Président perdre aussi vite la confiance de l’opinion. Les critiques égrenées par Libération, que les sarkozystes dénonçaient comme excessives, sont maintenant celles de la grande majorité des électeurs. Comme promis, la rupture a eu lieu : c’est une rupture avec les Français. Bien sûr les sondages sont versatiles ; bien sûr la conjoncture économique a pris à revers le nouveau régime ; bien sûr les réformes bousculent par nature les positions acquises. Reste qu’une énigme enveloppe cette désillusion générale. Comment un Président si bien élu a-t-il pu si mal commencer ? Il y a un mystère Sarkozy. L’hubris de la victoire ? Les vicissitudes de la vie privée ? Peut-être. Mais il faut aussi, pour tenter de le dissiper, prendre un peu de recul. On connaît deux manières de moderniser un pays. La première est libérale et on en trouve le modèle aux Etats-Unis. Elle est cruelle aux démunis et aboutit à un modèle de société essentiellement injuste. Mais elle est efficace. La seconde, qui s’observe dans les pays scandinaves, mais aussi à certains égards en Allemagne ou en Espagne, est un peu moins efficace, mais nettement plus juste.
En élisant Nicolas Sarkozy, les Français avaient choisi la première stratégie. Baisse des impôts, libération des entraves réglementaires, rationalisation de la protection sociale, ode à l’entreprise et aux capitaines de la finance et de l’industrie : tout cela était dans le programme de la «droite décomplexée» développé avec talent par son impérieux candidat. Pour faire passer la médication, un volet gaulliste et social complétait le dispositif, le tout placé sous le signe du volontarisme réformateur et de la réhabilitation du politique. La réforme libérale, donc, avec une part de social. Faisons une hypothèse : la chute a commencé dès le premier soir. Il s’agit de style ? Mais le style signe la politique. En allant au Fouquet’s, puis, le lendemain, sur un yacht de luxe, Nicolas Sarkozy débutait comme un milliardaire et non comme un président. Sa première réforme - c’est là que le fond rejoint la forme -, le malencontreux paquet fiscal, qui comprenait une ristourne modérée mais très symbolique en faveur des plus favorisés, figea l’image. Du libéralisme, on commençait par le pire : la préférence pour les riches. Depuis, Nicolas Sarkozy porte les habits de ce personnage, un Narcisse libéral, comme une tunique de Nessus. Fidèle à sa méthode, il voulut tout faire. Tout se retourna contre lui, même quand il avait raison. L’action devint agitation, la communication parade et l’abondance des réformes source de confusion. Il lui faut désormais prendre son mal en patience. Seul un résultat positif et tangible de l’action entreprise peut le tirer d’affaire. Il y a là une leçon politique : les Français votent pour la droite, mais ils n’aiment guère sa politique sociale. Ils ne peuvent l’admettre, au bout du compte, que si les sacrifices demandés paraissent justes. Comme disait Jean-Pierre Raffarin, la route est droite mais la pente est forte. Éditorial de Libération Edition du lundi 5 mai 2008 par laurent Joffrin
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Il y a un an, jour pour pour jour, le 6 mai 2007, 53.06% des Français élisaient Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Des temps nouveaux étaient annoncés. La rupture était en route. Un an après, c'est la douche froide, et l'impopularité qui grimpe en flèche. Sarkozy est surtout devenu le président de tous les records:
leparisien.fr lundi 05 mai 2008
| Un an après, la grande désillusion Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, qu’est-ce qui a vraiment changé ? Libération a mené son tour de France pour recueillir les témoignages des uns et des autres, étudiants, retraités, patrons, ouvriers…
Alsace-Lorraine «On ne vit pas, on survit» D’un bout de vallée du massif des Vosges à l’autre, c’est le même désespoir qui résonne. «Il y a de plus en plus de pauvres et on aime de moins en moins de monde», se plaint Andres, un retraité de 74 ans installé à la terrasse d’un café de Mutzig (Bas-Rhin), casquette de base-ball sur la tête et colliers hippies autour du cou : «On n’aime pas les juifs, on n’aime pas les Arabes, on n’aime pas les Turcs, on n’aime pas les gitans… Vous savez qui on aime en France ? Les capitalistes. Vous avez vu les cadeaux qu’on leur a faits avec les impôts ? Alors que moi, je paie des impôts sur ma retraite ! Et si ça continue, pour être en retraite, il faudra travailler jusqu’à la mort.»
A Raon-l’Etape, dans les Vosges, c’est Valérie, 34 ans, employée dans un commerce du centre-ville, qui étale sa frustration : «On ne vit pas, on survit. On ne peut pas faire de projets parce qu’on a peur de perdre son boulot. On ne peut pas avoir d’enfants parce qu’on a peur de ne pas avoir assez à leur donner…» Entre Andres et Valérie, il y a Germain, un jeune retraité de 61 ans, croisé à Mutzig, lui aussi. Il y a un an, il a voté Sarkozy : «Si j’avais encore à voter, je ne voterais plus pour lui. Mais bon, avec Royal, ce serait la catastrophe…» Germain a été infirmier pendant trente-trois ans et il touche 1600 euros mensuels de pension. «Sarkozy, il a fait des promesses, et la principale, c’était sur le pouvoir d’achat, se rappelle-t-il. Bon, ma femme, elle a travaillé quarante ans dans une clinique privée, et elle touche 670 euros par mois. Vous trouvez pas ça un peu fort ? Allez chez Cora, vous verrez. Les gens, ils ne sortent plus avec des chariots aux trois quarts pleins. Il y a juste le fond. Ils achètent au jour le jour. Le Président, il dit qu’il faut de la patience pour faire les réformes. C’est bien beau la patience, mais il faut bien qu’on mange tous les jours. On ne va pas se mettre à sauter des repas, quand même !»
Un peu plus haut dans la vallée de la Bruche, c’est jour de marché à Schirmeck (Bas-Rhin). Denise, mercière ambulante, «près de la retraite, heureusement», a installé ses étals au pied de l’église. «Les gens n’achètent plus comme avant. Ils vont dans les magasins discount et, chez moi, ils essaient de marchander. Ils viennent me voir quand même, parce que je ne suis pas cher. Et de toute façon, dans les villages, les merceries ferment.» Une cliente lève les yeux vers le ciel chargé de nuages gris et noirs : «Depuis que Sarko est là, ça va de plus en plus mal…»
De l’autre côté de l’allée, il y a Laurent, 45 ans, primeur. Une cliente saisit une barquette de fraises : «Trois euros la barquette ! Je rêve…» Elle repart. Laurent hausse les épaules : «Voilà, c’est comme ça. Je fais des marchés ici et dans les Vosges, et je peux vous dire que la clientèle, elle a le moral très bas. Depuis un an, ça ne va pas mieux, ça va même un peu plus mal. Le gros problème, c’est qu’il n’y a plus d’industrie. Les gros restent, mais les entreprises moyennes délocalisent. Travailler plus, c’est bien, mais il n’y a pas de boulot pour les jeunes, pas de boulot pour les seniors, alors comment on va travailler plus longtemps ? La diminution du nombre de fonctionnaires devrait faire gagner de l’argent à l’Etat, mais est-ce qu’on ne va pas mettre des fonctionnaires territoriaux en plus ? On baisse les impôts, mais les impôts locaux augmentent. Les tours de passe-passe comme ça, ça me laisse sceptique.»
Jacky et Jacqueline, un couple d’une quarantaine d’années, ont été marqués par l’assassinat d’une étudiante suédoise par un récidiviste. Du coup, ils applaudissent la loi qui prévoit l’enfermement à l’issue de leur peine des criminels jugés dangereux. «C’est déjà une avancée, mais il faut aller plus loin», estime Jacky, employé chez un équipementier automobile. Mais la question du pouvoir d’achat revient vite sur la table : «On est impatients de voir autre chose pour nous, les petits. Le gros problème, c’est le pétrole. Dans les petites vallées comme ici, on n’a pas de tram. Il faut bien remplir le réservoir de la voiture. Et avec le temps qu’il a fait, on a été obligés de dépenser des fortunes en fioul pour le chauffage !» Plus haut, au col du Donon, à la limite du Bas-Rhin, des Vosges et de la Moselle, le restaurant du sommet tourne grâce aux artisans de passage. Fernand, Eric et Christian sont forestiers à l’ONF, ils gagnent «un peu au-dessus du Smic». La France ? «Elle est bien triste», répondent-ils en chœur : «On donne toujours de l’argent aux plus pauvres ou aux plus riches.» «Si les caisses de l’Etat sont vides, pourquoi est-ce qu’il s’augmente, Sarkozy ? Et quand il part à l’étranger avec je ne sais pas combien de ministres, ça coûte combien ?» questionne Eric. «Il paraît qu’il signe des contrats, Mais bon, avec tous les contrats qu’il a signés en un an, la France devrait aller mieux, non ? Résultat, tous les patrons s’en vont…» Il poursuit : «Les 35 heures, c’était pas mal. Mais nous, l’année prochaine, on passe à 37,5 heures, sans augmentation. Vous savez de combien notre salaire annuel a augmenté en trois ans ? Trente euros !» Christian a voté pour Sarkozy : «Quand je le vois faire ça [il imite les mouvements d’épaules du Président, ndlr], je ne le supporte plus…» reprend Fernand. Pour rejoindre Raon-l’Etape, il faut descendre la vallée de la Plaine. Lucien, 61 ans, bûcheron salarié à Celles-sur-Plaine, empile du bois au bord de la route. «Je suis communiste et je le resterai jusqu’à la fin de mes jours», prévient-il. En face, il y a une usine de l’équipementier automobile Faurecia, promise à la fermeture. «C’est honteux ce qui se passe en France, juge Lucien. L’autre coup, à la télé, j’ai vu une mémé qui avait travaillé quarante-cinq ans et qui était obligée de faire des ménages pour se payer des fraises ! Je vais être franc avec vous : il y a des bougnoules chez nous, mais on va bientôt prendre leur place tellement on n’a plus d’argent.» Alex, la quarantaine, bûcheron également mais à son compte, est moins touché par la sinistrose : «La France va bien, mais faut juste qu’on arrête de travailler pour les feignants. La diminution du nombre de fonctionnaires, c’est bien, il faut leur serrer la vis. La réforme du chômage, c’est bien. Mais ça devrait être une offre refusée, plus d’indemnités. Le mec qui a un BTS et qui refuse une place d’éboueur, on devrait lui couper les sous. Et comme ça, ils pourraient baisser nos charges, parce que l’avenir de la France, c’est pas les usines, c’est les petits entrepreneurs. Mais Sarkozy, il ne peut pas tout faire en un an, faut attendre la fin de son mandat.» Lucien : «A la fin de son mandat, on ira pieds nus, tu verras…»
Nord-Pas de Calais «Il parlait tellement bien» Elle est sans colère, brune, et toute menue. Cécile, 23 ans, vendeuse du lundi au samedi dans une boulangerie de Lille, locataire dans un HLM à Haubourdin (Nord) a quitté l’école à 16 ans, et elle a «toujours travaillé», à part un mois ou deux de creux. «A la base, il n’y a pas de sot métier.» Elle a trouvé dans la vente, le nettoyage, la boulangerie industrielle. Au début en intérim, et maintenant en CDI. Elle aurait bien fait l’armée, elle avait passé les tests, mais le bébé est arrivé. Comme le père de sa fille de 4 ans, elle gagne le Smic. Râle contre les fainéants. Elle apprécie une chose : «Que les gens soient radiés des Assedic au bout de deux refus d’emploi, c’est bien. J’ai des cousins qui se plaignent tout le temps qu’ils n’ont pas de sous. Ils n’ont qu’à travailler et sortir moins.» Le «paquet fiscal»? «Ça ne m’empêche pas de dormir. On a toujours nos factures à payer.»
Reprocher à Sarkozy la baisse du pouvoir d’achat, ça ne viendrait pas non plus à l’idée de Daniel, 43 ans, à Wattignies. «Avec quelqu’un d’autre au pouvoir, ç’aurait été pareil», affirme ce vendeur dans une grande entreprise de bricolage, 1 100 euros par mois. «Tout augmente depuis l’euro. Les gens ont de moins en moins de moyens. L’essence, c’est six centimes de plus cette semaine, je fais 50 kilomètres aller-retour pour travailler.» Il aime «le travail» et «bricoler». Un seul reproche au gouvernement : «L es 20 euros de prime sur la déclaration d’impôts par Internet, ont été annulés. C’est dommage, c’était toujours 20 euros de pris.» Travailler plus? L’entreprise ne le propose pas. Mais je suis content de travailler le dimanche, du moment que c’est sur la base du volontariat, et que ce n’est pas que pour trois heures. C’est un jour récupéré, et payé une fois et demie plus.»
«Olivia n’a pas voté à la présidentielle. Mais elle y croyait un petit peu. «J e m’étais dit : "Il a du coffre, ça va bouger." Je pensais qu’on s’en sortirait mieux. Il parlait tellement bien .» Ouvrière à la Redoute à Wattrelos, près de Roubaix, depuis dix-sept ans, elle gagne 850 euros par mois. Ou plutôt 900, depuis mardi, après vingt-neuf jours de grève et cinq jours de blocage. Son compagnon, ouvrier du bâtiment, en gagne 1 200. Avec un enfant, le couple est non imposable et la vie, ric-rac. Olivia trouve que c’est « de pire en pire. J’achète une côte à l’os, je me dis, je fais une exception. Sur les habits, je me prive ». A Avion (Pas-de-Calais), près de Lens, entre corons et HLM, deux tiers des habitants sont non imposables. Romain, prof de sciences éco au lycée Picasso, occupe les bâtiments la nuit et fait cours le jour, pour protester contre les suppressions de postes et de filières. Ce samedi midi, il pique-nique avec les élèves, au soleil : « On a déjà gagné sur un point. Le rectorat voulait supprimer la filière L. Comme si les pauvres n’avaient pas besoin de littérature. La société française est en train d’être profondément perturbée, plus brutale vis-à-vis des classes populaires. Les familles le sentent, les élèves en parlent.»
Sonia, prof d’histoire et de français, lit de plus en plus d’histoires de coupures d’électricité et d’eau dans les copies de certains élèves : « Certains ne vont pas chez le dentiste, d’autres n’ont pas de lunettes.» Elle a des classes de 32 élèves : « C’est trop. On doit être proche d’eux pour leur donner leur chance. On ne gère pas que du pédagogique, loin de là.» Père ouvrier, mère aide-soignante, Damien, en terminale, veut devenir fonctionnaire, « un salaire digne, et sa sécurité de l’emploi, quoique maintenant, on ne sait même plus…» Il se demande s’il pourra faire des études, si les droits d’inscription doublent ou triplent.
« Les gens se sont fait avoir», assure Abraham, peintre en bâtiment à Roubaix. Le jeune homme d’origine ivoirienne a voté à gauche «pour faire barrage au danger». « Sarkozy a fait croire aux gens que les étrangers étaient le mal de la France. La vie n’est pas meilleure, même si on en expulse 25 000 par an. Les gens le voient. Ils n’auront pas plus dans leur poche à la fin du mois.»« Les ouvriers se lèvent tôt tout le temps. Ils travaillent tout le temps. Et ils voient bien que les courses de la semaine ont grimpé.» Travailler plus ? « Chez nous, les heures sup ne sont pas payées, elles sont récupérées, ça ne sert à rien.» Certains choix symboliques de Nicolas Sarkozy l’ont choqué : «Vo us trouvez normal que sa première décision soit de s’auto-augmenter, alors qu’il est nourri et blanchi ? Même Chirac, ce magouilleur, il ne l’avait pas fait.» Le grignotage des allocations familiales, le «paquet fiscal» : «Ce n’est pas aux pauvres qu’il faut prendre.» En politique étrangère, ce n’est pas mieux : « Le discours de Dakar a blessé et choqué.» Gagner plus ?
Toulouse «Je croyais enfin profiter de l’existence» Claire vit de «bouts de ficelle». Avec lesquels elle tresse d’ailleurs de jolies compositions. Plasticienne, cette toute fraîche trentenaire de Toulouse a d’ailleurs toujours vécu de pas grand-chose : un peu de RMI, quelques saisons dans les restaurants, quelques voyages en Afrique dans un camion avec trois sous. Elle ne voit pas ce que cette année écoulée aurait pu changer à sa situation.
A la lumière de ses fenêtres HLM qui donnent sur une pelouse paisible, elle ouvre ses cahiers de dessin : des traits doux. Alors qu’elle-même dit s’être «radicalisée». Elle souffle : «Je ne suis pas au format. Je ne me suis jamais coulée dans le moule du monde tel qu’il est.» Puis se raidit : « Ce que je vois actuellement est une caricature de tout ce que je rejette : la course au gagner plus, la performance, le bling-bling, l’absence totale de solidarité.» Son impression est que la «marche folle de ce monde s’accélère avec Sarko». Claire dit encore être à une heure de son existence où elle aurait aimé s’ouvrir aux autres. Pour le coup, elle serait plutôt tentée de retourner dans sa bulle.
A l’opposé, à Perpignan, Aurélie Tusson coud des bouts de fils dorés. Elle avait tout à attendre de cette année. Diplômée d’économie, elle a trouvé sans peine à se faire embaucher chez Alcatel à 24 ans. Elle en a eu 25 la semaine dernière. Mais elle s’étonne de ce à quoi ressemble la vie : «Je croyais enfin profiter de l’existence, voyager avec mon copain ou me loger après des étu des de galère passées à mi-temps chez Manpower…» Elle est passée à la banque lundi dernier voir comment elle pourrait soutenir son père retraité à la recherche d’un logement. Aurélie assure ne jamais avoir cru aux «lendemains qui chantent» que pouvaient promettre les politiques. Elle sort de cette année «renforcée dans [ses] convictions». Mais se désole : «La vie est banale, connement banale.» Son père vient d’arriver. Elle prépare du café. Elle éclate de rire quand il lui dit que «la vie est belle à 20 ans» . Elle lui répond que la vie peut être belle aussi «quand on en a 60» . Au téléphone, plus tard, elle explique qu’elle aurait préféré que son père eût «un peu plus raison».
Johan Cahuzac, lui, ne voit pas poindre ses 20 ans : «Je n’en ai que 17, c’est encore loin.» Cet élève du lycée Victor-Hugo de Colomiers à côté de Toulouse, n’a que des raisons de se féliciter des douze mois écoulés : «Je suis sorti avec Margaux !» Margaux sourit. Le père de Johan, ébéniste, et sa mère, salariée de la restauration industrielle, sont «comblés» d’imaginer leur fiston intégrer une prépa scientifique l’an prochain : «Sa grande sœur est mariée. Elle cherche toujours un emploi. Elle aurait dû suivre des études.» Le père a voté Sarkozy à la présidentielle : «C’est peut-être ça qui a fait que Johan a eu 15 à son dernier devoir de physique», taquine-t-il, sachant que son fils va se rebiffer. Ça n’a pas loupé : «Qu’est-ce que tu mélanges ton Sarkozy avec mes notes au bahut ?» Margaux disparaît de la conversation. Elle préfère ne pas intervenir. Elle résume à voix basse : cette année aura été celle du bac et «Sarkozy n’y aura pas changé grand-chose».
Surpris en pleine manifestation lycéenne à la terrasse d’un café, Sébastien grimace en se grattant le crâne : il a «beau réfléchir», il ne sait pas évaluer s’il vit «mieux ou moins bien» qu’il y a un an : «Je suis de gauche, j’ai été séduit par l’énergie de notre nouveau Président.» Il sourit : «J’ai pu croire que le vieux monde politique était derrière moi…» Il n’a pas de projets précis, sinon celui d’obtenir son master de chimie moléculaire. Il a toutefois pensé que «l’atmosphère générale serait plus légère», sa liberté de mouvements «plus grande». Il redouble de grimaces : «Je suis naïf, hein ?» Cette sorte d’état d’apesanteur dans lequel il dit avoir baigné un moment s’est dissipé en même temps que le chef de l’Etat s’est mis à dégringoler dans les sondages. Le vieux monde qui n’est «pas pressé de changer» est réapparu à Sébastien. «Finalement, rien ne change jamais tant que ça…» Il a ses examens dans quinze jours. Il va retourner les bosser.
Au bout de la ligne A du métro, Alima Bensalem, 22 ans, ne comprend pas la question qui lui est posée : «Pourquoi quelque chose aurait dû changer pour moi ?» Alima a profité du déménagement de ses parents pour prendre un appartement bien à elle. Mais toujours loin de son travail de caissière au centre-ville, rue d’Alsace-Lorraine. Elle ne voit «franchement pas» ce que cela a d’extraordinaire. Rien de neuf, souligne-t-elle, «mais alors, rien de rien !» La vie, selon elle, se dégrade toujours autant au Mirail, «c’est même devenu invivable». Et cela non plus, ce n’est pas nouveau : « Il y a vingt ans que le quartier se dégrade, s’irrite-t-elle. Ça fait vingt ans aussi que plus personne ici ne croit qu’il y a une solution.»
Lyon «Carla, Disneyland, ça craint, quand même» Caroline rigole. «Autour de moi, l’an dernier, je voyais pas mal de gens qui ne juraient que par Sarkozy. Or, aujourd’hui, ce sont les mêmes qui le descendent en flèche.» Caroline n’hésite par à critiquer le chef de l’Etat : «Je suis une des seules dans mon entourage à avoir voté Ségolène Royal sans aucun état d’âme.» Et pourtant, cette architecte lyonnaise très bobo de 45 ans reconnaissait quelques qualités à Nicolas Sarkozy : «Je voyais en lui un homme d’action, quelqu’un qui allait entamer des réformes avec un certain courage. Et finalement, on se retrouve avec un type sans aucune maturité politique. Il ressemble à un gamin euphorique qui vient d’avoir le jeu dont il rêvait depuis des années.» Caroline en veut pour preuve le pschitt fait par le rapport Attali : «Il y avait des tas de bonnes idées dans ce rapport.» Elle prend l’exemple de la réforme des taxis, «certes pas fondamentale, mais très utile». «Il aura suffi d’une demi-journée de grève pour qu’il renonce, c’est symptomatique de son manque de courage !» Sa copine Tizziana, elle, est carrément «déçue». «Tout ce qui semblait si simple dans son discours est devenu finalement très compliqué. Il nous a fait croire qu’il pourrait changer les choses. Mais il ne peut pas.» Cette éditrice est particulièrement atterrée par le «travailler plus pour gagner plus» : «On bosse déjà tous comme des malades, travailler plus n’a jamais été un argument pour payer mieux les gens du point de vue des chefs d’entreprises en France. Sans les contraindre, il n’avait aucune chance d’y arriver.» Or, selon Tizziana, les bas salaires et l’inflation sont en un an devenus des problèmes «inquiétants». «Quand je vois les prix de l’alimentation, je me demande comment font les gens qui gagnent le Smic. Il va devenir impossible pour une partie de la population de se nourrir correctement. Et ce sujet ne semble pas être pris à sa mesure.»
Il y a un an, chez Catherine et Jean-Yves, bonne bourgeoisie de l’ouest lyonnais, toute la famille était derrière Sarkozy. Louis, l’un des quatre enfants, trépignait de ne pouvoir voter (il avait alors 17 ans). Aujourd’hui, la famille est partagée. Catherine demeure largement la plus tendre avec le chef de l’Etat : «Il faut être patient. Les gens se sont emballés derrière Sarkozy pensant qu’il suffisait qu’il soit élu pour que tout change d’un claquement de doigts. On ne réforme pas un pays comme la France en un an.»
Son mari n’est pas d’accord. Il trouve que Nicolas Sarkozy se disperse un peu trop. Dans sa vie privée («Qu’est-ce qu’il avait besoin d’épouser Carla ? Il ne pouvait pas rester célibataire ?»), mais, surtout, dans son «boulot». Jean-Yves regrette «les atermoiements» du Président. Selon lui, les choses n’avancent pas assez franchement. Il note au passage que les réformes entamées, comme le «paquet fiscal» ou les heures supplémentaires, n’ont absolument rien changé pour eux. Sa femme, finalement, modère elle aussi son enthousiasme : «Il est vrai qu’il devrait taper un peu plus fort du poing sur la table. On attendait de lui qu’il n’hésite pas à passer en force. Il ne faut pas avoir peur des gens qui descendent dans la rue, ils finissent toujours par rentrer chez eux.»
Louis, le fils, fervent supporteur du candidat Sarkozy durant la campagne, est lui aussi «déçu». Même s’il demeure convaincu qu’il était, «de loin», le meilleur candidat. «C’est quelqu’un qui a des convictions. Pas comme Ségolène qui a dit après coup qu’elle ne croyait absolument pas en son propre programme !» Il y a d’ailleurs eu, selon lui, des avancées dans «de bonnes directions». Cet élève de terminale cite en priorité l’autonomie des universités, la réforme des régimes spéciaux de retraite. Mais il reste sur sa faim. «Il faut aller plus loin. A chaque fois, il a dû reculer par rapport à ce qu’il avait promis.» Louis prend pour exemple les 35 heures, responsables, selon lui, des blocages économiques de la France. «Plutôt que de légiférer sur les heures sup, il aurait dû faire péter ces 35 heures. Il n’a pas osé, c’est dommage.» Comme son père, il a quelques «remarques» à faire sur le comportement de son Président. «Carla, Disneyland… Ça craint, quand même.» Sa mère soupire. «Godiche pour godiche, autant avoir une jolie first lady.»
QUOTIDIEN Libération: lundi 5 mai 2008 |
Son omniprésence et sa frénésie de réformes donnent le spectacle déprimant d'un couteau suisse dont toutes les lames seraient ébréchées. A la déception d'aujourd'hui, on mesure l'ampleur des espoirs suscités hier
Finalement, gouverner est plus facile que je ne le pensais», confie, bravache ou inconscient, Nicolas Sarkozy à notre confrère «le Point». Il y a là un lointain écho à Mussolini qui déclarait jadis : «L'Italie n'est pas difficile à gouverner», et qui ajoutait, désabusé, «mais cela ne sert à rien !». De la France de Sarkozy, on est tenté de dire à notre tour : elle est moins difficile à réformer qu'on ne le prétend souvent, mais cela ne sert à rien non plus !
Depuis un an, nous avons vécu dans une véritable orgie de réformes de toutes farines, de toutes tailles et de tous azimuts; réformes projetées, réformes ébauchées, réformes avortées, réformes réussies, mais, dans presque tous les cas, réformes sans effet. Nous restons dans l'univers du «Guépard» : il faut que tout change afin que tout demeure comme avant. Les usagers des transports ont-ils vu quelque chose de changé les jours de grève ? La détaxation des «heures sup» a-t-elle accru le pouvoir d'achat des salariés ? L'autonomie des universités, peu contestable dans son principe, en a-t-elle, pour le moment, modifié les cursus et le fonctionnement ?
La liste est longue de ces réformes en trompe-l'oeil ou en eau de boudin, sans parler de celles qui coûteront plus cher qu'elles ne rapporteront, comme l'extinction progressive des régimes spéciaux de retraite. Certes, soyons équitables : certaines démarches ont été des réussites, comme la mise sur pied d'un traité européen abrégé, ou la réforme de la représentativité des syndicats, mais ce ne sont pas les plus nombreuses.
On ne reviendra pas sur le «paquet fiscal» qui a enclenché la sarabande. Les Gracques, dont on lira plus loin l'analyse, parlent justement à son propos de «keynésianisme pour les riches». Pour avoir dénoncé les premiers le mauvais aiguillage que prenait d'emblée le train des réformes, nous avons été accusés, jusque dans nos propres rangs, de sectarisme, d'apriorisme, de sévérité précipitée. On voit aujourd'hui ce qu'il en est. Le laxisme des débuts a rendu impossible la rigueur qui serait aujourd'hui nécessaire. Les déficits se creusent, la dette continue d'enfler, donnant à l'Europe le spectacle d'un pays gouverné comme un Etat du tiers-monde. Même Berlusconi, qui appartient plutôt à l'espèce des démagogues, a compris cette fois-ci qu'il fallait parler à son pays le langage churchillien de l'effort et des sacrifices.
La vérité, c'est que, contrairement à la légende qu'il a lui-même accréditée, Nicolas Sarkozy a accédé au pouvoir dans un état d'étonnante impréparation. Certes, il existait en grand nombre des projets de réforme. Mais l'ordre dans lequel les déployer, leur hiérarchisation dans un plan systématique, sans parler de la justice dont ils doivent s'inspirer pour réussir, tout ce qui est la marque des grands réformateurs - songeons à de Gaulle en 1958 -, tout cela a fait défaut. D'où le sentiment d'incohérence, d'illisibilité, la multiplication des «couacs» entre ministres. Nous avons affaire à une «présidence à vue» (Laurent Fabius) où l'improvisation se dissimule derrière de grands discours vides (la «politique de civilisation») ou d'interminables catalogues irréalisables (les 316 propositions de la commission Attali «pour changer la France», les 141 mesures pour faire des économies aujourd'hui ... ) .
Au bout d'un an, l'omniprésence de Sarkozy, la frénésie des réformes donnent le spectacle déprimant d'un couteau suisse dont toutes les lames seraient ébréchées. L'opinion ne s'y trompe pas, devenue d'une sévérité extrême jusque dans les rangs de la majorité : à la déception d'aujourd'hui, on mesure l'ampleur des espoirs suscités hier.
Mais qui est donc Nicolas Sarkozy ? Le sait-il vraiment lui-même, cet homme chez qui «la sincérité et le calcul sont indissociables» (Laurent Joffrin dans «Le roi est nu») ? Sûrement pas le vichyste ou le facho que feint de voir en lui une extrême-gauche intellectuelle qui tente de faire prendre ses outrances pour de la lucidité. Alors, un libéral ou un dirigiste ? Un européen ou un atlantiste ? Un populiste ou un ploutocrate ? Il y a des arguments pour chacune de ces options.
L'opinion découvre avec un certain effarement que la France a élu il y a un an un ovni de la politique, un homme à certains égards attachant et sincère, à d'autres exaspérant de narcissisme : un tempérament plutôt qu'un caractère, une ardeur plutôt qu'une volonté, une intelligence plutôt qu'une culture, une carrière plutôt qu'un destin.
« Toujours agité, toujours en mouvement, d'une activité dévorante, roulant constamment dans sa tête de vastes projets, d'une opiniâtreté et d'une violence extrêmes, il mettait souvent au désespoir les personnes qui avaient affaire à lui... Avec lui on ne peut jamais compter sur quelque chose, il change de résolution d'une heure à l'autre; quand il a médité une chose pendant la nuit, il faut qu'elle s'exécute dés le lendemain matin; il veut tout faire par lui-même, il est si pétulant, si emporté, si difficile à manier qu'on peut à peine décrire son caractère. » Ces lignes que j'emprunte à un portrait du pape Jules II (1503-1513) par l'historien allemand Ludwig von Pastor décrivent bien le désarroi dans lequel nous plonge Nicolas Sarkozy, au pied du mur de la deuxième année.
D'autres avant lui qui avaient beaucoup réformé pendant les premiers mois, comme Giscard et Mitterrand, s'étaient cassé le nez sur ce mur. «Je ne cours pas le même risque, confie Nicolas Sarkozy à ses interlocuteurs, car, moi, je ne songe pas du tout à une réélection.» Les Français n ont donc pas encore tout perdu, excepté leurs illusions.
Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur
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Sarkozy: pas convaincant pour 52%, convaincant pour 36% 52% des personnes ayant vu ou entendu parler de l'intervention de Nicolas Sarkozy, jeudi soir, à la télévision n'ont pas trouvé le président convaincant, contre 36% d'un avis contraire, selon un sondage CSA à paraître samedi dans «Le Parisien-Aujourd'hui en France». 79% de l'échantillon de 1002 personnes utilisé pour l'enquête ont vu ou entendu parler de l'émission «En direct de l'Elysée». Parmi ces personnes, 36% ont jugé que le chef de l'Etat avait été convaincant, alors que 52% ont pensé l'inverse.
Nicolas Sarkozy n'a pas été trouvé convaincant surtout sur le pouvoir d'achat (73% contre 16%), la réduction des déficits publics (57% contre 25%), la suppression de postes d'enseignants (57% contre 28%), les retraites (56% contre 27%), l'emploi (55% contre 32%) et la défense du «paquet fiscal» (54% contre 23%)
Sondage réalisé par téléphone le 25 avril auprès d'un échantillon national représentatif de 1002 personnes âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice complète disponible à la commission des sondages
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Nicolas Sarkozy confond il régularisation et naturalisation?
Nicolas Sarkozy a t-il fait une bourde ou un «amalgame» volontaire entre régularisation et naturalisation des sans-papiers, comme le laisse entendre Ségolène Royal? Interrogé lors de son intervention télévisée jeudi soir sur la régularisation des sans-papiers travailleurs, le Président a répondu en précisant qu’on ne «devient pas français» si facilement.
«On ne devient pas français uniquement parce qu’on a un travail dans la cuisine d’un restaurant, aussi sympathique soit-il», a t-il déclaré, dans une probable allusion au Café de la Jatte de Neuilly, établissement dont il était un habitué. Le problème est que la question d’Yves Calvi ne portait pas sur une naturalisation (devenir français) mais sur une régularisation (obtenir un titre de séjour), deux notions différentes.
«Rapter un certain électorat»
Le site «Arrêts sur images»