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Vendredi matin, conférence de rédaction à «Libé».
Invitée spéciale de «Libération», la rappeuse Diam's a affûté ses mots pour évoquer la présidentielle et «sa France à elle».
La tournée que vous venez d'achever s'intitule «Ma France à moi», un thème très raccord avec le débat de la campagne présidentielle sur l'identité nationale. Votre France à vous, elle a un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration comme Sarkozy, ou elle ressort le drapeau tricolore comme Royal ?
Sur le ministère, c'est clair : cela sort de la bouche de quelqu'un que je n'aime pas. Le drapeau, j'en ai parlé avec mon grand-père chti', qui est très citoyen français, plus à droite qu'à gauche. Le coup des petits drapeaux, ça l'a bien fait rigoler. Il a trouvé ça très de droite. En général, avec mon grand-père, la politique, c'est un sujet à éviter. Là, on était d'accord. Ça nous a fait rire. Je trouve ça surtout super inutile. Il faut avoir voyagé pour se rendre compte qu'on est chanceux d'être français. J'ai une approche neuve de la politique et de la France. Le déclencheur, ça a été le 21 avril 2002. Avant, j'étais surtout anti-Front national. Après, j'ai commencé à m'intéresser à la gauche et à la droite.
Comment est né le titre Ma France à moi ?
Comment c'est parti, déjà ? De la télévision et du regard des gens. Par exemple, je porte toujours une capuche, et, après la crise des banlieues, tout d'un coup le regard des gens a changé. Ensuite, le déclic dans ma tête, c'est quand j'ai appris que la série la plus regardée par les Français, c'était Julie Lescaut. Moi, je ne connais pas une personne qui regarde Julie Lescaut. C'est super con, je n'ai rien contre elle si ce n'est qu'elle est l'héroïne parfaite. Elle arrête des voleurs et après elle va faire son hachis parmentier. Et puis il y a eu le succès du film les Choristes... Tout cela avait un côté très nostalgique, on ne voulait pas et on ne veut toujours pas voir la réalité.
Cette France profonde, que vous mettez en vis-à-vis, elle n'est pas un peu caricaturale ?
On peut effectivement m'accuser de caricature, mais pas, comme on l'a dit, de propos «scandaleux» ! Je voulais jouer cliché contre cliché. Ça ne gêne pas du tout les médias de produire tous les jours des clichés sur les jeunes de banlieue et sur les jeunes en général. Du coup, ça me plaisait de dire : «C'est ça, notre cliché sur vous : la France, la baguette et le saucisson. Regardez-vous, vous aussi.» Alors qu'a priori je n'ai rien contre cette France-là. Mes grands-parents maternels sont français, lillois de surcroît. Ils sont mignons, ils parlent en ancien français. Le pain, c'est 1 000 balles. Ils sont à la retraite, mais ils prennent notre avenir en compte dans leur vote. Moi aussi, je pense global. J'ai peur par exemple qu'ils suppriment la Sécurité sociale. Ça me fait flipper que le modèle américain soit mis en avant par Sarkozy. Aux Etats-Unis, quand un blessé se présente aux urgences et qu'il n'a pas d'argent, on ne le soigne pas.
Elle est due à quoi, cette atmosphère autour de la capuche ?
Pour moi, ce sont les médias qui créent cette peur, qui ont fait entrer dans la tête des gens qu'un mec avec une capuche, c'est un mec méchant. C'est comme l'histoire de la gare du Nord, ils en ont fait des tonnes, et en plus ils te disent que ça influe sur les sondages. Il faut en parler, mais de là à faire les gros titres... «La campagne présidentielle change de cours à cause de la gare du Nord» ; c'est un peu beaucoup, non ? En fait, pour nous parisiens, il y a un brassage culturel dans la capitale et en banlieue qui est vraiment énorme, mais aussi social, politique... En province, c'est complètement différent, ils n'ont pas de gare du Nord. Alors ils voient sur les écrans une immense gare avec des gens qui se bagarrent, ça leur fait peur, ils n'ont pas envie que ça arrive chez eux. Je comprends que ça puisse fausser leur jugement.
Vous avez le sentiment que la solution est communautaire ?
C'est à Paris que j'ai découvert les communautés. J'ai commencé le rap dans le XIIIe arrondissement, le quartier chinois. Je croyais qu'il n'y avait qu'à New York qu'existaient des quartiers comme ça, où toutes les enseignes sont en chinois. Nous, dans ma banlieue pavillonnaire de l'Essonne, on était très «enfants du monde», «tous ensemble». C'est bête, mais je rêve d'une France tolérante. C'est voyager qui m'a fait ouvrir les yeux.
Avant le 21 avril 2002, vous votiez déjà ?
Oui, mais je ne me rappelle plus si c'était pour les législatives ou pour le maire de ma ville. Pour la présidentielle de 2002, j'étais super heureuse d'aller voter au premier tour, j'étais contente de moi. Et puis, le soir du résultat, quand on a eu Le Pen au second tour, j'ai eu le sentiment de m'être fait avoir. J'étais avec ma mère, que j'ai consolée toute la soirée. Elle était par terre, effondrée. Moi, j'étais outrée, encore jeune, très violente. C'était encore ma période «insultes» : «Qu'est-ce qu'on fait ? On va le tuer.» Je pensais avoir voté utile. Alors je ne comprenais pas comment, si tous les gens comme moi avaient voté, on avait pu en arriver là. Il y a quand même plus de gens comme moi que d'électeurs du Front national, non ? Du coup, au second tour, je suis allée voter Chirac. Plein de jeunes ont compris à ce moment-là l'importance du vote. Ils se sont retrouvés comme des cons.
Dans chacun de vos concerts, vous appelez à aller voter en disant «le pouvoir, c'est le bulletin de vote». Alors, à votre avis, le 22 avril prochain, la participation sera forte dans les banlieues ?
Mais d'une force ! Ça me fait vraiment plaisir. Ce sera au moins pour contrer, un vote anti... Ces derniers temps, les médias rendent Le Pen vachement humain. On le voit à la cool, il est gentil, c'est le petit papy avec sa petite famille. Mais arrêtez, c'est juste un monstre. Arrêtez de le montrer comme si ça pouvait être notre grand-père à tous. Lui et Marine font stagner le pays dans un truc pourri.
De Nicolas Sarkozy, vous dites, comme au Zénith, qu'il est dangereux. Pourquoi et comment en êtes-vous arrivée à cette conclusion ?
Ça a commencé avec l'histoire des logements sociaux. Quand j'ai appris qu'il faisait partie des maires qui préféraient payer des amendes plutôt que de construire 20 % de logements sociaux dans leur ville. La première fois que ça été révélé, d'ailleurs, ça n'a pas fait grand bruit. Tout le monde s'est dit : «Ah c'est un con» puis on est passé à autre chose.
Ensuite, il est devenu ministre de l'Intérieur, il a commencé à acheter de nouvelles armes pour la police, à donner plus d'argent, à vouloir en faire des shérifs. Et j'ai trouvé ça grave qu'il dise à ses policiers : «Ce n'est pas votre rôle de jouer au foot avec les jeunes des quartiers [à Toulouse en 2003, ndlr]. »
Enfin, la redevance télé. Le truc con qu'on a essayé de magouiller toute notre vie, et maintenant on n'a plus le choix. Franchement, payer pour la télé, c'est comme si je payais un impôt pour aller à Euro Disney... Toutes ces petites choses font que Sarkozy, je l'ai détesté avec le temps. Il faut dire la vérité, on ne l'aimait déjà pas beaucoup avant ses sorties sur le Kärcher et les racailles. Il ne prenait que des mesures contre le petit peuple. Il n'est pas avec nous, il ne sera pas là pour nous aider.
Et pourquoi, dans le titre la Boulette, «il y a comme un goût de démago dans la bouche de Sarko» ?
C'est après qu'il a dit : «On ne priera plus dans des caves en France.» A l'époque, j'avais un ami malien dont le père de 70 ans n'a plus pour seul souci dans la vie que d'aller prier. Il ne demande rien à personne, il veut juste aller prier dans de bonnes conditions. Le fait que Nicolas Sarkozy en ait parlé, il a déclaré à son fils qu'il irait voter pour lui. Ça m'avait marquée, parce que je m'étais dit : «Il commence vraiment à gratter à tous les râteliers celui-là.»
Dans un premier temps, vous souteniez Ségolène Royal ; maintenant vous ne la soutenez plus. Pourquoi ce revirement ?
Ségolène Royal, je ne la connais que depuis ce plateau télé au Grand Journal de Canal +. Je suis dans ma loge, il y a le retour télé, et elle se met à parler des jeunes. Elle dit : «Ce n'est pas en tapant sur la jeunesse de France qu'on va faire avancer les choses. Ils sont l'avenir de ce pays.» Je me dis : «Dis donc, elle parle bien, elle.» C'était la première fois que j'entendais un politique parler des jeunes. C'est tellement pas une priorité pour eux. Et puis voilà, elle raconte qu'à Poitiers, pour un euro, les jeunes peuvent venir à la capitale le week-end. C'était un peu Alice au pays des merveilles. Et moi, j'arrive sur le plateau et je lui dis : «Franchement, si vous vous présentez, je voterai pour vous.»
Mais je dis ça en toute innocence. Qu'est-ce que je n'avais pas dit ! Ma mère m'a appelée deux minutes après : «Mais ça va pas, ou quoi ? On ne dit pas pour qui on vote. Il y a des jeunes qui t'écoutent, tu vas les influencer.»
En tout cas, j'ai vu l'influence... Du coup, on a écrit que j'allais monter une circonscription dans l'Essonne, que j'étais avec le PS. Donc j'ai saisi. Même serrer la main aux politiques, je ne le fais plus. Sauf Jack Lang, il est tout le temps dans le coin. C'est un personnage récurrent des concerts...
Maintenant, c'est clair pour moi : je dis d'aller voter, mais je ne donne pas de consigne de vote. Je lirai tous les programmes. J'ai mon point de vue mais je ne dirai pas pour qui je vais voter. Fustiger Le Pen et Sarkozy ne veut pas dire que je vais voter Ségolène Royal à tout prix. Il y a Bayrou, Laguiller, Besancenot... Ils sont douze. Je suis dans un mode contre, ça ne va pas être facile ; et je ne pense pas qu'à moi, parce que quel que soit le président, moi, ça ira : je m'en suis sortie, j'ai de l'avenir, encore un album à faire. Seulement, si c'est l'autre, Sarko ou Le Pen, je me prépare à la bagarre.
Vous hésitez encore aujourd'hui ?
Ah oui, comme beaucoup de Français.
Etre seulement contre, c'est la génération «nan-nan» que vous chantez ?
Génération nan-nan, c'est : on veut travailler, on nous dit non. On veut aller en boîte, on nous dit non. On ne va pas dire qu'on est français, parce qu'ils vont nous dire non. Alors, du coup, on dit non tout le temps. C'est pourtant à nos âges qu'on décide si on aime ou non ce pays, si on veut partir ou pas. Quand on est avec des potes, on parle plus de nos origines, mais pas de ce pays dans lequel on vit, qui nous a vus grandir. C'est dommage, parce que c'est ça qui nous pousse à ne pas vouloir avancer, à ne pas vouloir faire bouger les choses, à tout le temps parler de Chypre, où je suis née. Alors que je sais pertinemment que je ne peux pas habiter là-bas, je m'y sens très bien, mais c'est ici que j'ai grandi. Inciter les gens à voter, c'est aussi découvrir ce pays, comment les gens se situent. Est-ce qu'on l'aime ? Est-ce que ça nous plaît ?
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Laurence FERRARI
Et l'invité de ce DIMANCHE+ Spécial élections 2007, c'est Ségolène ROYAL, candidate du parti socialiste, bonjour Madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Laurence FERRARI
On vient de voir un reportage sur les jeunes qui quittent la France pour partir à l'étranger, qu'est-ce que vous pourriez leur dire pour les convaincre ou de revenir ou de rester ?
Ségolène ROYAL
C'est vrai que les jeunes n'ont pas en France la place qu'ils pourraient avoir, compte tenu de la qualité souvent de leur formation, de leur qualification. Et moi, je veux avec les jeunes une nouvelle donne, un nouveau pacte, en disant aux entreprises de leur faire confiance. C'est vrai qu'en France, le taux de chômage des jeunes est plus élevé que dans les autres pays européens, ce qui n'est pas normal, car les entreprises leur demandent à la fois d'avoir de l'expérience professionnelle, et souvent on refuse de leur tendre la main pour leur donner cette chance.
Laurence FERRARI
C'est pour ça que vous avez proposé le « Contrat Première Chance » ?
Ségolène ROYAL
Oui, c'est pour ça que je propose le « Contrat Première Chance » pour les jeunes qui ne sont pas qualifiés, puisque dans les toutes petites entreprises, les artisans et les commerçants, ceux-ci me disent qu'ils ont 500.000 offres d'emploi non satisfaites, et de l'autre je vois 190.000 jeunes sortir du système scolaire sans qualification. Donc, je veux alléger le coût du travail pour ces très petites entreprises pendant 1 an, prendre en charge par l'intermédiaire des régions les salaires...
Laurence FERRARI
Complètement ?
Ségolène ROYAL
Complètement, pendant un an, parce que je crois que…
Laurence FERRARI
Tous les salaires ?
Ségolène ROYAL
Qu'il faut aujourd'hui des dispositifs simples, mettre fin aux gaspillages, à un certain nombre d'aides économiques qui vont à des entreprises qui n'en ont pas besoin, et vraiment cibler sur la baisse du coût du travail. Et puis pour les jeunes qualifiés, les jeunes diplômés, je mettrai en place les « Emplois Tremplins », qui vont permettre là aussi à des entreprises innovantes de faire confiance à des jeunes très qualifiés qui pourront ainsi les aider à développer leur marché. Et en même temps, je crois que c'est bien aussi que les jeunes aient de la mobilité à l'échelle européenne, il y a le programme ERASMUS, celui que Jacques DELORS avait proposé de tripler, ce programme ERASMUS qui permet à des jeunes de tous niveaux… je veux aussi que des jeunes en apprentissage aient la chance d'aller dans d'autres pays européens, pour qu'il y ait aussi de la mobilité au niveau européen. Mais en même temps, je crois qu'il faut que l'Europe se protège davantage contre les délocalisations qui détruisent l'emploi.
Laurence FERRARI
Alors justement, une précision à propos de ce « Contrat Première Chance », vous souhaitez qu'au bout d'un an, ces jeunes soient embauchés ferme par une entreprise…
Ségolène ROYAL
Oui.
Laurence FERRARI
Mais s'ils donnent satisfaction, c'est quand même…
Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr, c'est du donnant-donnant, je crois que si les aides…
Laurence FERRARI
S'ils ne donnent pas satisfaction, on les licencie ?
Ségolène ROYAL
S'ils ne donnent pas satisfaction, c'est qu'il faut leur donner une formation complémentaire, une formation professionnelle complémentaire…
Laurence FERRARI
Payée par la région aussi ?
Ségolène ROYAL
Les orienter différemment. De toute façon aujourd'hui, vous savez le chômage coûte très cher, la désespérance des jeunes aussi, des jeunes qui sont livrés à eux-mêmes, c'est souvent ce qui explique la montée des violences, la montée des insécurités, la montée des délinquances. Et moi, je crois que pour remettre un pays en ordre et dans l'ordre juste, il faut vraiment mener la bataille de la lutte contre le chômage des jeunes. C'est ma bataille prioritaire, et je vais engager les entreprises qui ont des comportements éthiques aussi à l'égard de leurs salariés, et notamment celles qui embauchent, celles qui ont compris que le dialogue social était un élément très fort de l'efficacité économique. Et celles qui savent que si on laisse plus longtemps durer le chômage des jeunes, un jour ou l'autre ça va aussi se retourner contre le pays tout entier, donc c'est ma bataille, ma bataille principale.
Laurence FERRARI
Et ça, ça rentrerait en vigueur en juin 2007 si vous étiez élue ?
Ségolène ROYAL
Oui.
Laurence FERRARI
Cette mesure, le « Contrat Première Chance » ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr, il faut que les choses aillent très vite. Des discussions ont déjà lieu aujourd'hui avec les partenaires sociaux. Je crois qu'il y a plein d'entreprises dynamiques qui ont compris qu'il fallait rénover en profondeur ce dialogue social dans l'entreprise, et puis faire vraiment réussir cette bataille contre ce fléau du chômage des jeunes qui ronge un pays, qui mine un pays, qui le tire vers le bas.
Laurence FERRARI
Justement, il y avait 400 jeunes qui étaient réunis hier à Paris, ils venaient de toute la France, ils demandent notamment que les stages soient rémunérés et comptabilisés dans l'ancienneté professionnelle. Vous y êtes favorable ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr, je crois qu'il faut mettre fin à des… comment dirai-je, des pratiques d'exploitation des jeunes. Lorsque les jeunes donnent satisfaction, lorsqu'ils font un vrai travail, ils doivent être rémunérés. Lorsqu'ils sont en formation, lorsqu'ils apprennent leur métier, à ce moment-là ils doivent être accompagnés et mis par exemple sous tutorat. On voit aussi souvent des anciens salariés qui reviennent dans l'entreprise accompagner les jeunes, pour les aider, pour les accompagner. Et je crois aussi que c'est cette société de solidarité entre les générations, qui permettra le mieux aux jeunes de s'insérer dans le monde du travail et de comprendre le sens de l'effort, donc d'avoir les rémunérations correspondantes. Mais il y a aussi beaucoup de jeunes très diplômés qui s'en vont, notamment de jeunes chercheurs, parce qu'ils sont en France très, très mal payés, et ça c'est un vrai scandale.
Laurence FERRARI
C'est ce qu'on a vu dans le reportage.
Ségolène ROYAL
Oui. Je veux remettre à niveau la rémunération des jeunes chercheurs, je ne veux plus qu'ils soient obligés de partir aux Etats-Unis où ils sont 4 fois plus payés, comme je l'ai vu dans un laboratoire. Et j'étais vraiment scandalisée de voir que nos meilleurs chercheurs, alors que nous avons investi des fonds publics très importants pour les mettre à niveau, pour leur donner cette formation, s'en vont, et ça je crois qu'il faut trouver des solutions et j'en trouverai.
Laurence FERRARI
Dernière proposition de ces jeunes, ils demandent une interdiction de la publicité pendant les programmes jeunesse à la télévision, vous êtes d'accord ?
Ségolène ROYAL
Moi je ne suis pas globalement pour des sociétés d'interdits, je pense que l'amélioration de la qualité des programmes pour les jeunes devrait devoir se faire en dialogue à l'intérieur des chaînes, là aussi avec des codes éthiques, une réflexion intelligente sur ce que la société de la culture doit apporter aux jeunes générations. Et sans tomber dans l'interdit, je pense qu'il y a des régulations naturelles qui devraient se faire entre personnes intelligentes.
Laurence FERRARI
Vous avez répondu assez violemment hier à Nicolas SARKOZY, en l'accusant de taper sous la ceinture, parce que lui vous accusait d'être complaisante après les violences de la gare du Nord. Pourquoi ce changement de ton ?
Ségolène ROYAL
Parce que je pense que l'insulte n'a pas sa place dans une campagne présidentielle, que par respect pour les électeurs, il faut savoir tenir ses nerfs. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça voudrait dire que si demain Monsieur SARKOZY était par malheur élu, il se mettrait à insulter les autres chefs d'Etat et de gouvernement qui ne pensent pas comme lui ? Il a quand même osé dire qu'il était le candidat des honnêtes gens, cela veut dire que tous les électeurs qui ne vont pas le choisir sont malhonnêtes ? Je crois que la violence de ses propos augurent mal de… comment dirai-je, de l'identité personnelle de Nicolas SARKOZY, et c'est à se demander s'il ne tombe pas dans cette violence verbale, tout simplement pour faire oublier le mauvais bilan qu'il a au ministère de l'Intérieur, avec la vieille formule : la meilleure défense c'est l'attaque. Mais je crois que la politique, c'est une forme de morale publique qui consiste aussi à rendre des comptes, donc aujourd'hui il doit rendre des comptes sur ce que disent les Français. Et que disent les Français ? 80 % d'entre eux estiment qu'il y a une montée des violences et des insécurités. Donc la question est : qu'a fait le ministre de l'Intérieur pendant 5 ans ? Et ça n'est pas polémique que de poser cette question, c'est la nature même de l'engagement politique qui consiste à rendre des comptes sur l'action que l'on a conduite au nom des Français.
Laurence FERRARI
Madame ROYAL, j'aimerais qu'on parle de la situation en Iran, cela fait 9 jours que 15 soldats britanniques sont prisonniers en Iran, est-ce que vous estimez qu'ils sont otages de ce pays, est-ce que vous réclamez leur libération immédiate ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr, je demande leur libération immédiate, je suis tout à fait solidaire du gouvernement britannique et des Britanniques sur cette question-là.
Laurence FERRARI
Vous avez été choquée par ces images de jeunes soldats, dont une jeune femme voilée ?
Ségolène ROYAL
Choquée oui, choquée, je crois que cette violence n'a aucune raison d'être et qu'il faut être très ferme à l'égard du régime iranien. Vous connaissez mes positions à ce sujet.
Laurence FERRARI
Sur le nucléaire civil iranien ?
Ségolène ROYAL
Sur le nucléaire civil.
Laurence FERRARI
Vous ne voulez pas que l'on prenne de risque ?
Ségolène ROYAL
Toutes ces affaires prouvent que j'ai raison, et je crois qu'il n'y a aucune faiblesse à avoir à l'égard de cet Etat aujourd'hui.
Laurence FERRARI
L'Union européenne fait bloc avec les Britanniques contre l'Iran, vous êtes… c'est une bonne chose ?
Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr, je crois que nous devons tous être solidaires aujourd'hui de ce drame, de cette épreuve que vit le peuple britannique.
Laurence FERRARI
La France n'a pas pris de sanction contre l'Iran,
Ségolène ROYAL
Je crois qu'il faut une décision sur cette question-là au niveau européen dans le sens, en effet, des sanctions.
Laurence FERRARI
Sanctions économiques, diplomatiques ?
Ségolène ROYAL
Je crois qu'il faut commencer par les sanctions économiques, ensuite les sanctions diplomatiques, et en tout cas faire preuve d'une très, très grande fermeté à l'égard de ce qui vient de se passer, pour obtenir la libération immédiate de ces otages.
Laurence FERRARI
Est-ce que vous suivriez Tony BLAIR, lui qui demande l'isolement de l'Iran ?
Ségolène ROYAL
Oui, je pense qu'il faut être très solidaire aujourd'hui de ce que demandent les Britanniques.
Laurence FERRARI
Un mot de l'environnement. Nicolas HULOT, vous l'avez rencontré cette semaine, il manifeste cet après-midi à Paris. Est-ce qu'il vous réclame toujours plus à propos de son pacte écologique, est-ce que vous mettez encore l'environnement au cœur de cette campagne Madame ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr que je mets l'environnement au cœur de cette campagne. Vous savez, c'est pour moi une conviction profonde qui étais ministre de l'Environnement, qui aussi chaque fois où j'ai eu des responsabilités dans ce domaine, et encore aujourd'hui au niveau de la collectivité que je gère, je fais de l'excellence environnementale. Je sais que c'est un combat aussi difficile, qu'il faut affronter les lobbies. Et en tout cas, si… dès que je serai élue, il y aura le moratoire sur les OGM en plein champ, il y aura la mise en place d'une fiscalité écologique, qui va entraîner les entreprises à se lancer dans toutes les éco-industries et dans les énergies renouvelables pour créer beaucoup d'emplois. Il y a des emplois potentiels, du potentiel aussi dans le domaine de
Laurence FERRARI
Il nous reste peu de temps. Vous avez publié ce livre « Maintenant », entretien avec Marie-Françoise COLOMBANI, est-ce que vous envisagez de faire un ticket à la CLINTON avec François HOLLANDE ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez, vous savez l'élection présidentielle n'est pas non plus un gadget ou… c'est une élection entre une personnalité et le peuple français, et je l'ai toujours dit, par respect pour les électeurs, la question gouvernementale sera posée après l'élection.
Laurence FERRARI
Si vous gagnez, à qui dédierez-vous votre victoire ? Il nous reste 20 secondes.
Ségolène ROYAL
Au peuple français, parce que je veux une France présidente. Et la France présidente, telle que je l'imagine avec les Français, c'est une France qui retrouve confiance en elle-même, la fierté d'elle-même, l'envie de se retirer à nouveau vers le haut, c'est une France où les Français réapprennent à vivre ensemble…
Laurence FERRARI
Merci beaucoup.
Ségolène ROYAL
A se faire confiance et à se respecter.
Laurence FERRARI
Merci beaucoup Ségolène ROYAL d'être venue dans DIMANCHE
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