La 23e édition des Francofolies de La Rochelle a été officiellement ouverte mercredi en fin d'après-midi en présence du ministre de la Culture, Christine Albanel, et de la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal.

Dans son discours inaugural, Mme Albanel a salué "l'esprit d'éclectisme et de découverte" des Francofolies, où a lieu "la rencontre des plus grandes voix et des jeunes talents avec un public passionné".
Pour sa part, Mme Royal a estimé que "les Francofolies sont comme la nation: il n'y a pas de vitalité sans diversité, pas d'assurance de soi sans ouverture aux autres".
"Les Francofolies, c'est aussi des textes forts, des radiographies avec les mots d'aujourd'hui de ce qui ne tourne pas rond dans la France d'aujourd'hui. Si les mots sont crus, c'est que la réalité n'est pas tendre", a-t-elle ajouté.
Pour leur première soirée, les Francos mettaient à l'affiche la Germano-Nigériane Ayo, Miossec, le rappeur Abd al Malik et Renaud. Le festival prendra fin lundi 16 juillet.
Intervention de Ségolène Royal
Monsieur le Maire, cher Maxime,
Madame la Ministre de la Culture,
Cher Gérard Pont,
Cher Frédéric Charpaille,
Mesdames, Messieurs, cher amis,
Quel bonheur et quel régal d’être fidèle chaque année au beau rendez-vous des Francofolies !
D’y retrouver des artistes qu’on n’en finit pas d’aimer comme des compagnons au long cours qui ont coloré nos joies et nos peines sur le chemin de la vie, qui toujours nous surprennent et nous enchantent.
Quel bonheur et quel régal aussi d’y découvrir de jeunes talents souvent éclos grâce aux Francos et qui, à leur tour, rencontrent leur public et prennent leur envol.
6 jours durant, tous styles mêlés, toutes influences croisées, tous métissages, vagabondages et héritages revendiqués car c’est ainsi que chacun fait oeuvre originale, la chanson française, francophone et
francophile est à la fête et, avec elle, toute la riche gamme des musiques actuelles.
« C’est quand le bonheur ? ». C’est ici, cher Cali, à La Rochelle !
La Région Poitou-Charentes est fière d’être le port d’attache de cette fête partagée et d’accompagner une aventure artistique qui rayonne bien au-delà de notre territoire, a jeté l’ancre au Québec et en Belgique, et attire, toutes générations confondues, un public venu de toute la France et de plus loin encore.
Merci, donc, aux concepteurs et aux façonneurs de cette manifestation exceptionnelle.
Merci à tous les artisans de cette édition 2007 que je suis heureuse d’ouvrir avec vous.
Elle nous offre une programmation exigeante et populaire car c’est cela le respect du public et des artistes. C’est cela « l’esprit des Francos » tel que l’avait voulu leur initiateur, Jean-Louis Foulquier, et tel que votre équipe, cher Gérard Pont, le fait vivre à l’écoute de tous les talents, à la rencontre inlassable de tous les publics et sous le signe de tous les brassages. Car il en va de la musique comme des sociétés et de l’identité des Francofolies comme de celle de la nation : pas de vitalité sans diversité, pas d’assurance de soi sans ouverture aux autres.
« Rencontrer l’autre par la musique », s’affranchir des cloisonnements et de tous les ghettos, intérieurs et extérieurs : ces mots d’Abd Al Malik que nous écouterons ce soir sur la grande scène de St Jean d’Acre valent aussi pour le parti-pris des Francofolies et le plaisir que nous y prenons. Abd Al Malik qui est venu en résidence pendant quatre jours dans un lycée professionnel du Poitou-Charentes, à Chef Boutonne.
Son « face à face des coeurs », la musique en est ici le vecteur, elle nous ouvre à ce langage universel que les maîtres soufis (auprès desquels le rappeur en colère des New African Poets a trouvé la sagesse) appellent « la langue des oiseaux ».
C’est aussi cela, les Francofolies : une France métissée « débarrassée de toutes ses peurs » et d’autant plus présente au monde qu’elle sait s’en nourrir, s’en enrichir, s’en construire comme le dit si bien Ayo, irriguée de mille influences de Cologne à New York en passant par Paris où elle se sent « comme à la maison » et dont le beau prénom signifie «joie » en yoruba.
Que de passerelles, cette année, des uns aux autres !
Que de voyages et d’héritages incarnés par des artistes qui nous donnent, ce faisant, une belle leçon de vie : la création qui assume la transmission et l’histoire qui continue par la mémoire de ce qui fut.
Ainsi, par exemple, Pierre Lapointe dit ce qu’il doit aux mélodies de Michel Berger, Abd al Malik à l’influence de Jacques Brel. Joey Starr ne craint pas de chanter Moustaki et Brassens. Brassens dont Renaud nous dit qu’il le félicita jadis pour la construction de ses chansons et que ce compliment, c’est sa légion d’honneur. Renaud qui chanta Bruand et les réalistes d’antan, et aussi des chansons ch’timies qui lui valurent d’être distingué par les Victoires de la musique dans la catégorie des… « musiques traditionnelles ». Renaud qui m’a tant apporté à Charléty et à Lille, Renaud auquel des rappeurs ont rendu hommage avec « Hexagone 2001, rien n’a changé ». Et Miossec, bien sûr, fan aussi de Brassens et de Gainsbourg, qui écrivit pour Juliette Gréco, que nous avons célébrée ici même il y a deux ans, cette chanson intitulée « Madame » et des textes pour son formidable album « Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez ».
La cuvée 2007 des Francofolies vibre de toutes ces rencontres et d’abord de belles retrouvailles. Avec le retour scénique d’Yves Simon salle de la Coursive, la fidélité jamais démentie de Jacques Higelin, la venue de Jean-Louis Murat, de Laurent Voulzy et de ses invités, d’Arno, le rocker d’Ostende à la tendresse rugueuse. Et aussi l’ami Yannick Noah qui a fait le détour par les rythmes d’Amérique latine, l’ami Renaud qui s’est débarrassé de « Mister Renard » et donne à nouveau sa langue à la colère, à la tendresse, à l’humour et même à l’auto-dérision puisque, nous dit-il, ces bobos qu’il brocarde, il en est peut-être lui aussi. Et bien d’autres encore qui mêlent le jazz, le rap, l’électro, les sons d’ici et d’ailleurs, affirment la porosité des styles et l’infinie liberté de tous les mariages musicaux. Tous, jeunes et moins jeunes, chroniqueurs talentueux des rumeurs du monde, des plaies et des bosses de la vie, des amours qui vont et qui viennent.
Tous en scène pour notre plaisir car, comme le dit Miossec, il faut d’abord « essayer les chansons sur l’os, en public » et, comme le dit Ayo, « jouer en live, c’est un peu dire : je t’aime ». Amour donné, amour rendu : l’amour, cette année encore, est au rendez-vous des Francofolies.
Et avec lui ces blessures qu’infligent l’injustice et la souffrance sociales.
Comment mieux dire l’humiliation du chômeur qu’avec les mots de Miossec dans « La facture d’électricité » : « ne me secoue surtout pas car je suis plein de larmes, depuis que je me suis fait licencier, je n’ai plus d’écorce » ?
Comment mieux dire qu’Abd al Malik la détresse de celui que « les tours empêchent d’être », la souffrance de l’assignation au mauvais côté de la fracture sociale, la bêtise et la cruauté du déni d’égalité infligé à celui qui s’écrie : « avec ma tête de Noir, de cas social, je pense, je parle, je rêve, je respire en français. En français, je pleure, je ris, je crie, je saigne » ?
Comment mieux dire la lassitude, la fatigue, la déprime qu’avec cette phrase terrible de Renaud : « il n’y a plus assez de place dans mon coeur pour loger la révolte, le dégoût, la colère » ?
C’est cela aussi, les Francos : des textes forts qui radiographient avec les mots d’aujourd’hui ce qui ne tourne pas rond dans le monde d’aujourd’hui et la France d’aujourd’hui. Et si les mots sont crus, c’est que la réalité n’est pas tendre et le respect rarement donné mais souvent à conquérir, sur soi et sur ceux qui y font obstacle.
De la révolte des cités, le rap, de longue date, avait donné les raisons. Au lieu de s’offusquer des libertés jubilatoires qu’il prend avec la langue, les responsables politiques eussent été mieux avisés de tendre à temps l’oreille à une demande de respect et d’égalité qui reste, aujourd’hui encore, sans réponse.
Mais les Francofolies, ce n’est pas seulement ce festival déployé sur de multiples scènes qui accueillera, le 15 juillet, la désormais traditionnelle journée de la Région Poitou Charentes qui mettra à l’honneur les musiques de tous les outre-mers, ce n’est pas seulement une vingtaine de concerts gratuits accessibles à tous et qui représentent autant de
tremplins pour de jeunes talents. C’est aussi un travail au long cours auquel la Région apporte son soutien :
- - les Chantiers des Francos qui épaulent de jeunes artistes, leur offrent des ateliers de perfectionnement scénique, des modules de formation dans tous les domaines, tissent un réseau qui les aide à se lancer et leur permet de mettre en application le travail accompli dans les ateliers. Cali, Pauline Croze, Emily Loizeau, Souad Massi et tant d’autres sont passés par là et continuent aujourd’hui brillamment leur chemin.
- - Les Enfants de la Zique qui permet un travail de sensibilisation à la chanson francophone dans le cadre scolaire, apporte aux enseignants un matériel pédagogique précieux, organise des ateliers avec le renfort d’artistes comme Bernard Lavilliers ou Sinsemilia.
Notre effort financier est ici considérable : 277 festivals en Région.
C’est parce que nous croyons à la force de la culture et, à travers elle, à la liberté de dire et de penser.