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Sarkozy joue son va tout

Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 20/07/2008 à 15:45 :: La France de Sarkozy


 

 


 

Sarkozy joue son va-tout



"Il vaut mieux partir en vacances après avoir réussi le bac", résumait récemment Nicolas Sarkozy au sujet du Congrès qui doit avaliser -ou pas- la réforme des institutions. Le chef de l'Etat a joué son va-tout en convoquant sénateurs et députés lundi à Versailles, prenant le risque d'un revers cinglant -et inédit- à la veille de la trêve estivale.

Info ou intox? Les responsables de la majorité affichaient en tout cas avec insistance leur inquiétude ces derniers jours, en assurant s'attendre à un vote serré. "Tous les comptages que nous faisons montrent que ça va se jouer à très, très, très peu", a encore affirmé vendredi le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale Jean-François Copé.

Contrairement à Georges Pompidou, qui avait préféré renoncer au Congrès sur le quinquennat en 1973 faute d'avoir réuni la majorité des trois cinquièmes requise, ou à Jacques Chirac en 2000, qui avait fait de même sur la réforme de la justice, Nicolas Sarkozy a décidé de prendre le risque d'un échec. Ce serait une première dans l'histoire de la Ve République, aucun Congrès n'ayant jamais débouché sur un "non".

Le débat parlementaire sur la réforme des institutions -promise par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle- avait jusque-là été mené par le Premier ministre François Fillon.

Mais le chef de l'Etat est monté au front dans la dernière ligne droite pour convaincre les parlementaires de lui accorder -notamment- le droit de venir s'exprimer directement devant eux. Il a ainsi reçu les élus UMP à l'Elysée, s'est entretenu personnellement avec les récalcitrants et fait d'ultimes gestes en direction de l'opposition à quelques jours du Congrès. En vain: le Parti socialiste a dit et répété qu'il voterait contre la réforme.


Une dizaine de "nonistes" à l'UMP

Pour être adoptée, la réforme, dont les grandes lignes sont approuvées par une majorité de Français selon un sondage, doit être entérinée par les 3/5e des suffrages exprimés du Congrès (Assemblée et Sénat réunis). Il faudrait à Nicolas Sarkozy pouvoir compter sur tous les parlementaires de sa majorité, plus l'abstention de quelques autres. Or, outre la gauche qui, en bloc, rejette le projet (sauf Jack Lang, qui a fait partie de la commission Balladur sur cette réforme), l'UMP compte dans ses rangs une dizaine de "nonistes".

Le chef de l'Etat a réussi à en faire changer d'avis quelques-uns comme les chiraco-villepinistes Georges Tron et Hervé Mariton ou encore Bernard Debré, fils du père de la Constitution de la Ve République, Michel Debré. D'autres restent sur leur position: "le président m'a appelé vendredi, mais sans faire de pression sur moi. Il m'a également reçu. Il a demandé à me revoir, mais je n'étais pas libre", a expliqué dimanche Jacques Myard. "Je suis déterminé à voter sur le fond et le fond n'est pas conforme à l'intérêt de la Constitution. Cette réforme, c'est la VIe République avec le goût amer de la IVe. Si le président me rappelle, je ne changerai pas d'avis", affirme le député des Yvelines. Même réaction de Jacques Le Guen (Finistère): "Nicolas Sarkozy m'a appelé jeudi soir, de manière tout à fait courtoise et républicaine. Il n'y a eu aucune pression. Je lui ai expliqué pourquoi je dirai non. C'est une question de conviction", dit-il.


Déjà, l'Elysée rodait son discours en cas de rejet du texte, sur le thème: "nous avons fait des concessions, mais le Parti socialiste n'a fait aucun effort". "Il y aurait une certaine forme de ridicule à ne pas voter une réforme dont (les socialistes) n'ont cessé de rêver les contours sans jamais la mettre en oeuvre", plaidait ainsi Nicolas Sarkozy dans "Le Monde", protestant de sa volonté de "dégager la pratique du pouvoir de l'esprit de clan".

Le président "a réussi à dégoûter (...) les meilleures volontés socialistes", a rétorqué le socialiste Pierre Moscovici.

François Fillon pourrait faire les frais d'un échec, alors que le chef de l'Etat estimait récemment qu'il "faudra(it) se poser la question" d'un remaniement gouvernemental "à mi-quinquennat".

Mais un "non" lundi serait d'abord un revers pour l'Elysée, venant ternir une fin d'année plutôt positive pour le chef de l'Etat. Cela "assombrira(it) tout le bilan de cette première année de législature", plaidait d'ailleurs M. Copé dans une lettre adressée à tous les députés UMP.

Après avoir sombré dans les sondages début 2008, Nicolas Sarkozy connaît un peu de répit depuis quelques semaines grâce à quelques bonnes nouvelles sur la scène diplomatique: la libération d'Ingrid Betancourt, mais aussi le lancement réussi de l'Union pour la Méditerranée à Paris. Ces succès ne se sont pourtant pas vraiment traduits par une remontée de sa popularité dans les sondages, signe que les Français s'inquiètent plus que jamais de la situation économique et de la baisse de leur pouvoir d'achat.

La journée de lundi s'annonce en tout cas délicate à tous les points de vue pour Nicolas Sarkozy, en déplacement le même jour à Dublin pour tenter de démêler l'écheveau institutionnel européen. L'ambiance risque d'y être fraîche, les Irlandais n'ayant guère apprécié que le président en exercice du Conseil européen explique, lors d'une rencontre avec des députés UMP, qu'ils devraient revoter sur le traité de Lisbonne. AP


 




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