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| Cacophonie autour de la hausse de la redevance télévisuelle Le financement de l'audiovisuel public devient un véritable casse-tête. Après l'annonce surprise par Nicolas Sarkozy, le 8 janvier, de sa volonté de supprimer la publicité sur les chaînes de France Télévisions et la mise en place, fin février, d'une commission pour trouver des solutions à un nouveau financement, le président de la République a déclaré, mardi 27 mai sur RTL, qu'il "excluait catégoriquement toute augmentation de la redevance audiovisuelle". M. Sarkozy a justifié sa décision en rappelant que c'était une de ses promesses électorales. Or la commission pour la nouvelle télévision publique présidée par Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, a présenté le 21 mai trois scénarios "ni exclusifs ni définitifs" pour assurer le financement de France Télévisions. Parmi les pistes proposées, celle qui a fait la quasi-unanimité des membres de la commission composée de professionnels de l'audiovisuel et de parlementaires est une augmentation de la redevance (actuellement de 116 euros par an) indexée sur le coût de la vie ou élargie à une assiette plus équitable et proportionnelle aux revenus. Seul M. Copé, qui trouve cet impôt "injuste", privilégie les deux autres pistes : l'instauration d'une taxe sur le chiffre d'affaires des opérateurs de téléphonie et des opérateurs d'accès à Internet et une taxe d'environ 0,55 % sur l'électronique grand public. "Il n'y a pas de couac entre l'Elysée et la commission, a déclaré au Monde M. Copé. Nicolas Sarkozy a toujours dit, y compris lors de la campagne électorale, qu'il était opposé à une augmentation de la redevance. La proposition de la commission n'est qu'une piste parmi d'autres et nous continuons à travailler."
La déclaration du chef de l'Etat a semé un grand trouble au sein de la commission. Quatre membres PS de l'instance, les députés Patrick Bloche, Didier Mathus et Michel Françaix, et le sénateur David Assouline, ont décidé mercredi de claquer la porte.
Du côté des professionnels de l'audiovisuel, on reste prudent. "C'est une demi-surprise", dit la productrice Simone Hariri, vice-présidente de l'atelier "modèle économique. "Mais nous allons continuer à nous battre pour cette solution et par ailleurs personne n'est contre de faire payer les nouveaux riches de l'audiovisuel", dit-elle, en faisant allusion aux nouveaux opérateurs des télécommunications qui, en 2007, ont réalisé un chiffre d'affaires de 42 milliards d'euros avec une marge de 20 %. Les producteurs de l'audiovisuel craignent que si les opérateurs de télécommunications et les chaînes privées "financent" le service public via des taxes, ces derniers exigent en contrepartie une remise en cause des obligations à la création.
"Pour l'instant, la meilleure solution est de rester au sein de la commission, car le travail que nous avons fait depuis trois mois est excellent", poursuit Hervé Chabalier, PDG de l'agence Capa, qui rappelle que 80 % du financement du service public provient de la redevance audiovisuelle.
Mercredi matin, lors d'une réunion plénière, plusieurs professionnels devaient demander à M. Copé de remettre au centre des débats la piste de l'augmentation de la redevance. "Si, au minimum, nous n'arrivons à faire passer l'indexation de la redevance sur le coût de la vie, on signe la mort du service public", indique un professionnel qui souhaiterait même un rattrapage sur cinq ans. "Rien n'empêche que cette piste de la redevance soit consignée dans le rapport final, car l'important pour la commission est de proposer des solutions pour trouver des recettes. Après, ce sera aux parlementaires de décider", dit M. Copé.
Mardi, l'inquiétude est montée d'un cran à France Télévisions, où l'on craint toujours un démantèlement de l'entreprise. L'intersyndicale de l'audiovisuel public a d'ores et déjà appelé à un arrêt de travail de 24 heures le 18 juin - soit une semaine avant la remise du rapport final de la commission Copé au président de la République -, pour "sauver le service public audiovisuel" et "défendre le pluralisme de l'information". Un appel à la grève auquel se joindront les salariés de Radio France, Radio France Internationale (RFI) et ceux de l'Institut national de l'audiovisuel (INA). "En refusant une augmentation de la redevance, Sarkozy assassine le service public pour faire plaisir aux groupes privés TF1, M6 et Bolloré", dit Jean-François Téaldi, porte-parole de l'intersyndicale. Les syndicats craignent que la loi instaurant la taxation des opérateurs de télécommunications et des chaînes privées ne soit repoussée par la Commission européenne. "Dans ce cas-là, la commission Copé n'aura été qu'un écran de fumée pour démanteler le service public en s'abritant derrière les décisions de Bruxelles et nous nous retrouverons sans aucun financement pérenne et à hauteur des missions de l'audiovisuel public", dit M. Téaldi. |