C'est une très vieille histoire, dont subsistent peu de vestiges : à partir du début du XVIIe siècle, 4 millions d'êtres humains ont connu l'esclavage sur des terres françaises. La moitié d'entre eux avaient été capturés en Afrique puis envoyés à fond de cale sur des navires négriers, en direction des colonies. Les autres étaient nés sur place.
Privés de toute personnalité juridique, les esclaves étaient condamnés à subir l'arbitraire de leurs maîtres. En 1848, le gouvernement français décida de mettre un terme à ces traitements inhumains ; pendant plus d'un siècle, la République glorifia cet acte d'humanité, sans jamais parler des souffrances qui l'avaient précédé.
Les derniers esclaves

AFP/JOËL SAGET
Une plaque commémorative en l'honneur de Victor Schoelcher, le député qui a aboli l'esclavage en 1848.
C'est là une autre manière d'aborder la mémoire, alors que se déroule jeudi 10 mai la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Serge Bilé, journaliste à RFO, et le cameraman Daniel Sainte-Rose ont recueilli auprès de vieux Martiniquais les souvenirs de l'asservissement, tels que leur famille les leur a transmis. Les entretiens ont été mis en ligne sur un site ouvert fin avril, Paroles d'esclavage (www.parolesdesclavage.com).
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Une pétition de SOS Racisme pour un meilleur enseignement
(Reuters)
L'association antiraciste lance un appel signé par plusieurs personnalités comme Christiane Taubira ou Lilian Thuram demandant une place pour l'histoire de la colonisation et de l'esclavage dans les programmes scolaires samedi 10 mai.
Cette pétition intitulée "Appel pour l'enseignement de l'histoire de la colonisation et de l'esclavage" - signée par de nombreuses personnalités dont la députée PRG Christiane Taubira ou le député socialiste Laurent Fabius, les footballeurs Marcel Dessailly et Lilian Thuram, l'historien Benjamon Stora, les actrices Josiane Balasko ou Isabelle Adjani - souligne la nécessité de "continuer le combat" d'Aimé Césaire : "un combat contre les préjugés, contre le racisme et pour le vivre ensemble".
"Exclus d'une Histoire partagée"
"En négligeant l'enseignement de l'histoire de la colonisation et de l'esclavage, souligne l'association, on conduit un grand nombre de nos concitoyens à se sentir exclus d'une Histoire nationale partagée". De ce fait SOS Racisme, soutenue par les premiers signataires de sa pétition, appelle "le Ministre de l'Education nationale (…) à donner enfin une place digne de ce nom dans les programmes scolaires à l'enseignement de l'histoire du colonialisme et de celle de l'esclavage, parties intégrantes de l'Histoire de France."
Manifestations
Plusieurs manifestations, à l'appel d'associations noires, sont prévues samedi à Paris. Le Cran et la radio Tropiques FM se sont associés pour une "marche des libertés" dont le départ est prévu à 14h00 de la place de la République. Un autre mouvement, le Coffad (Collectif des fils et filles d'Africains déportés) doit se réunir également à partir de 14h00 place de la République mais en direction de la place de la Nation pour commémorer l'abolition de l'esclavage et "demander réparation".
Christiane Taubira, députée (PRG) de Guyane, ainsi que l'écrivain Calixthe Beyala, le chanteur Joey Starr et le journaliste Harry Roselmack devraient être présents dans le cortège qui se rendra vers la Bastille.
Le retour des annonces
Samedi matin, lors d’une cérémonie commémorant l’esclavage, au jardin du Luxembourg à Paris, le président Nicolas Sarkozy a annoncé samedi que «la traite des noirs, l’esclavage ainsi que leur abolition» seraient inscrits dans les programmes de l’enseignement primaire dès la prochaine rentrée scolaire. «Cette histoire doit être inscrite dans les manuels scolaires afin que nos enfants puissent comprendre ce qu’a été l’esclavage, puissent mesurer les souffrances que l’esclavage a engendrées, les blessures qu’il a laissées dans l’âme», a-t-il dit.
Le gouverneur général du Canada, Michaëlle Jean,assiste aux cérémonies de commémoration de l'abolition de l'esclavage en présence de Nicolas Sarkozy.

Avec Nicolas Sarkozy, peu enclin à la repentance, Michaëlle Jean plaide le «devoir de mémoire» . «Si le président m'a invitée, c'est qu'il est convaincu que ma propre histoire pouvait contribuer à cette cérémonie, déclare-t-elle. Il est extrêmement sain que la société française décide de se tourner vers ce passé pour construire les liens sociaux essentiels aujourd'hui.»
«On ne peut pas lutter contre le racisme, conclut-elle, sans revenir sur l'état de nos relations à cette période où certains étaient des maîtres et d'autres des sous-hommes. On peut faire d'une mémoire, aussi lourde soit-elle, quelque chose de constructif. Un peuple qui ne cultive pas sa mémoire est un peuple en péril.»
NOUVELOBS.COM | 10.05.2008
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