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Des super-délégués super-courtisés
© REUTERS / Gary Hershorn -
Dans le duel ultra-serré que se livrent Hillary Clinton et Barak Obama, ce sont les quelque 796 super-délégués, électeurs hors-normes, qui feront basculer l’investiture démocrate. Ils sont aujourd’hui très courtisés par les candidats…
On les avait presque oubliés
En entrant dans l’œil du cyclone, eux-mêmes réalisent subitement combien ils vont peser sur la nomination du candidat démocrate dans les tout prochains mois. Jusqu’à présent, 263 super-délégués se sont prononcés pour Hillary Clinton, 244 pour Barak Obama. Les autres ne sont pas décidés. Alors, au fil des primaires, ils deviennent de plus en plus courtisés.
La "création" des super-délégués remonte au début des années 80.
Il s’agit alors de rééquilibrer les forces entre la base et la direction du parti, pour éviter que les militants ne tirent trop le parti à gauche, que leur aveuglement n’envoie pour le sprint final un candidat battu d’avance. Ce rôle de pondérateur a été utilisé dès 1984 quand les super-délégués ont pesé sur la nomination de Walter Mondale contre le trop libéral Gary Hart, à l’époque candidat des campus principalement. Pour la petite histoire, les démocrates ont perdu la présidentielle face à Ronald Reagan.
Ces 796 barons pèsent à eux-seuls plus de 20% des voix dans la course à l’investiture démocrate. Qu’ils soient élus du Congrès, gouverneurs ou cadres du parti, ces "pros" au pouvoir démesuré peuvent faire basculer la nomination.
Pas un jour sans un coup de téléphone, un courriel ou une lettre. Par centaines, les partisans de Clinton ou Obama tentent de les convaincre. Les candidats eux-mêmes, leurs conjoints, leurs enfants décrochent leur téléphone régulièrement. Car chacun a bien compris qu’aucun des deux candidats n’atteindra le seuil des 2.025 délégués "normaux", nécessaire à l’investiture. Il faudra que les super-délégués s’en mêlent pour faire la différence.
Le dilemme
Doivent-ils suivre le vote populaire ou donner automatiquement leur voix à celui ou celle qui aura récolté le plus grand nombre de délégués "normaux" ? C’est tout le dilemme. Faut-il faire bouger les lignes et voter pour le candidat de son choix, quitte à invalider ce vote populaire ?
Côté Obama, on se targue d’avoir réussi à mobiliser des milliers d’électeurs qui ne se seraient pas déplacés en tant normal. C’est le champion des "primo-votants", des jeunes donc, et de la communauté noire sans laquelle un démocrate ne peut pas gagner l’élection générale. L’analyse est juste.
Côté Clinton, on souligne que la candidate a remporté le plus grand nombre des Etats qui compteront le soir du 4 novembre : la Pennsylvanie et l’Ohio notamment, qui sont réputés "swing states", c’est-à-dire qui changent de candidat au fil des élections et "font" donc le vainqueur final. Cette analyse est juste également.
Il reste neuf primaires
Mardi, c’est au tour de la Caroline-du-Nord et de l’Indiana de voter. La première est acquise à Obama. Si Hillary Clinton emporte dans la seconde, elle aura définitivement fait la démonstration qu’elle est la seule à attirer les ouvriers. Après sa nette victoire en Pennsylvanie, l’ex-first lady sera totalement relancée.
Si le sénateur de l’Illinois gagne dans l’Indiana, Hillary Clinton aura laissé passer le "momentum", l’élan du moment, et quasiment perdu la course.
Quelque soit le résultat, il constituera une indication importante pour les qulque 230 super-délégués encore indécis. Poussés par le numéro un du parti démocrate Howard Dean, ils devront en tout cas se déterminer avant la convention du mois d’août, car il n’est pas question d’arriver en ordre dispersé à Denver (Colorado). Ce serait suicidaire pour l’élection générale du 4 novembre.
