Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 21/04/2008 à 21:23 :: Général
Au panthéon de la négritude
Emission présentée par Yves Calvi du lundi au vendredi à 17h50 et 22h30
Ils sont venus de toute l’île et de métropole- personnalités politiques et anonymes- pour célébrer, lors d’obsèques nationales, la mémoire du poète et de l’homme politique Aimé Césaire. Ni discours politique ni cérémonie religieuse mais un hommage culturel rythmé par les chants et la lecture de la poésie de ce chantre de la négritude et de la critique du colonialisme.
"Bien sûr qu’il va mourir le rebelle... Après une riche traversée d’une longue vie toute entière dédiée à la poésie, à la reconnaissance de la dignité humaine, de la négritude et de tous les combats contre le colonialisme et le racisme, jeudi 17 avril 2008, le "Nègre fondamental" s’est éteint à l’hôpital de Fort-de-France, sur son île.
Une ville, devenue pour quelques jours le point de ralliement de l’ensemble des Martiniquais venus par milliers se recueillir devant ce "grand homme" qu’il surnomme "Papa Césaire". Une veillée dans la dignité et la sérénité qui s’est poursuivie, le dimanche, par des obsèques nationales en présence de nombreux membres de la classe politique française, du gouvernement et du président de la République, à qui la famille avait donné consigne le silence pour éviter toute récupération politique.
Sous l’œil rieur du poète, dont une photographie accompagnée d’une citation du Cahier d’un retour au pays natal dominait l’enceinte du stade de France, l’hommage de la République au chantre de la négritude s’est fait au rythme des chants, des applaudissements et de la lecture de sa poésie. Des textes qui rappelaient le combat de sa vie, qu’il résumait en ces termes : "Je suis un Martiniquais, un Africain transplanté. Mais je suis avant tout un homme. Et un homme qui veut quoi ? L’accomplissement de l’humanité en l’homme".
Jusqu’à la fin, lisant les quotidiens ou les grands textes, Césaire aura poursuivi son combat et conservé son énergie d’insurrection qui a nourri tous ses actes, tenant verbe haut, riant de bon cœur. En 2005, il avait refusé de recevoir le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, en réaction contre la loi du 23 février reconnaissant "le rôle positif de la présence française outre-mer".
En mars 2006, il l’avait finalement reçu, lui offrant son célèbre pamphlet Discours sur le colonialisme, écrit en 1950. En septembre 2008, une citation du poète était ajoutée à la définition du mot "colonisation" dans le Petit Robert, tirée de ce même texte : "colonisation = chosification".
Aujourd’hui, dans la multitude d’hommages rendus, des voix s’élèvent, comme celle de Ségolène Royal, pour demander son entrée au Panthéon, saluant "un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d’hypocrisies, un porteur d’espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l’humaine dignité".
Mais pour l’heure, Aimé Césaire repose au cimetière de La Joyau, et sur sa tombe, on peut lire cette épitaphe choisie par la poète lui-même : "La pression atmosphérique ou plutôt l’historique/Agrandit démesurément mes maux/ Même si elle rend somptueux/ Certains de mes mots".
France 5
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