Queue devant un magasin pour l'achat de riz au Bangladesh (Reuters)
De Haïti à la Thaïlande, les tensions liées à la hausse des prix des produits alimentaires préfigurent une crise d'ampleur planétaire.
Le constat est impitoyable : nous sommes entrés dans un cycle long de hausse des matières premières agricoles qui vont pousser au désespoir nombre d’habitants des pays dits émergents.
Face à cette perspective qui affole les grandes organisations internationales, le fossé se creuse entre les problèmes du Nord et ceux du Sud. Certes, nous constatons en Europe aussi des hausses importantes des produits alimentaires. Notre baguette augmente, mais chez nous le pain ne pèse pas aussi lourd dans le budget des ménages que dans celui des pays pauvres.
Au Nord, nous avons depuis plusieurs années considéré comme résolue la question européenne de l’autosuffisance alimentaire et pour réduire le poids de la politique agricole commune nous avons réfléchi à une autre façon de voir l’agriculture: plus économe, responsable, bio, etc. Le débat sur les OGM que nous avons eu ces dernières semaines illustre cette tendance.
Or, face à l’explosion de la demande, à la baisse mondiale des stocks, à la flambée des cours, aux émeutes de la faim, il faut se remettre à produire. Produire beaucoup, vite et moins cher. Nous voici face à un dilemme douloureux: revenir à une agriculture productiviste, en utilisant toute la palette des nouvelles technologies (agrochimie, OGM…), ou continuer de défendre un modèle raisonnable et raisonné qu’on pourrait considérer comme frileux au vu des enjeux de la planète. Evidemment, la réponse est quelque part entre les deux attitudes.
Mais les pays du Sud ne pourront pas attendre très longtemps. Il faut repenser entièrement le modèle agricole mondial.