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Les socialistes Ségolène Royal et Bertrand Delanoë.
C'est un match que les socialistes attendent et redoutent : il se jouera le 13 novembre lorsque les militants seront invités à élire, au suffrage direct, leur premier secrétaire. Le duel opposera-t-il, comme les hérauts des deux challengers l'annoncent déjà, Ségolène Royal, la candidate battue à l'élection présidentielle du 6 mai 2007, et Bertrand Delanoë, le maire de Paris qui vient d'être (bien) réélu pour un second mandat ? Un choc des egos, déjà très médiatisé, qui serait la première manche d'un autre match, en 2010 ou 2011, pour la présidentielle de 2012.
La confrontation suscite, chez les 161 000 adhérents du PS, espoirs et inquiétudes. Ceux qui l'espèrent rêvent d'avoir enfin un leader qui, reconnu chef de l'opposition, tiendrait tête à Nicolas Sarkozy, cet hyper-président omniprésent. Car depuis les défaites de 2007, le PS est en panne de leader. François Hollande, élu premier secrétaire en novembre 1997, achève à ce poste le plus long règne de l'histoire de ce parti. Avant même de devenir président du conseil général de Corrèze, il a jeté l'éponge et prévenu qu'il ne solliciterait pas un cinquième mandat. Depuis, le trop plein de chefs potentiels a rendu le PS, du moins jusqu'à ses victoires municipales et cantonales, inaudible.
Ceux qui craignent le match Royal-Delanoë pensent qu'il va raviver les guerres internes. Le plus sage serait que les présidentiables se tiennent en réserve et s'accordent sur un premier secrétaire dépourvu d'ambitions élyséennes. Ils reprennent la métaphore utilisée par "Ségolène" en 1995, lors de la première primaire socialiste quand Jospin affrontait le premier secrétaire Emmanuelli : "Deux trains sont lancés l'un contre l'autre. Ecartez-vous des voies!" Il est vrai qu'un match Royal-Delanoë ne solderait pas la compétition pour 2012, le perdant rêvant de revanche. Un "second couteau" à la tête du PS ne réglerait pas la question du leadership.
A sept mois du congrès, qui aura lieu du 7 au 9 novembre sans doute à Toulouse, les deux rivaux affûtent leurs armes. Au soir du 6 mai 2007, Ségolène Royal s'est déclarée disponible pour prendre la tête de l'opposition. La coutume socialiste aurait logiquement dû conduire, compte tenu de la légitimité que lui conféraient ses 17 millions de voix, à ce qu'elle prenne la direction du PS. En 1974, après sa défaite, François Mitterrand était resté premier secrétaire. En 1995, Lionel Jospin l'était redevenu. Mais, en 2007, l'appareil s'est empressé de rejeter une candidate qui n'avait cessé de le tenir à distance. La rupture privée entre "Ségolène" et "François" a rendu un tel scénario encore plus irréalisable.
Des deux challengers, elle est la plus déterminée. En septembre 2007, elle avait mis trois conditions à sa candidature : "si je le veux", "si je suis bien accompagnée" et "si cela correspond à l'intérêt des socialistes et donc à l'intérêt du pays". Aujourd'hui, elle le veut et elle est accompagnée. François Rebsamen, numéro deux du PS, les anciens ministres Michel Sapin et Jean-Louis Bianco, des quadras comme Manuel Valls, maire d'Evry, et Guillaume Garot, nouveau maire de Laval, le premier secrétaire de la fédération du Nord, Gilles Pargneaux et des présidents de région la soutiennent.
Il lui reste à rassembler les socialistes.
En adressant, le 4 avril, 10 questions aux militants à partir d'une thématique habile – "Comment le congrès du Parti socialiste peut-il être utile aux Français?" - Royal fait coup double. Elle aborde la rénovation à partir des "valeurs" du PS, ne voulant pas "se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge". Elle prend de vitesse son concurrent virtuel en le défiant sur le terrain de la démocratie participative.
Bertrand Delanoë a moins de cartes en mains. Obligé de se tenir en dehors du jeu interne pendant la campagne municipale, il n'a pas esquissé de projet national ni de pistes de rénovation. Le soutien que lui apporte Lionel Jospin, qui participe aux réunions hebdomadaires de ses amis, le handicape car il le renvoie à l'image traditionnelle du parti d'Epinay. Son atout est l'appui de Patrick Bloche, le patron de la puissante fédération de Paris mais elle est plutôt "strauss-kahnienne". Certains proches de Bertrand Delanoë n'excluent pas qu'il renonce à se présenter à la tête du PS et qu'il postule, en 2010, pour la présidence de la région Ile-de-France, ce qui lui donnerait un beau tremplin pour l'Elysée en 2012.
LE MONDE POUR DIRECTMATINPLUS | 07.04.08