Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 01/03/2008 à 0:24 :: L'Union Européenne
GAUCHE-DROITE:
BROUILLARD SUR LA FRONTIÈRE
Le Journal du DimancheLa gauche embrouille. La droite se cache. Et pour parfaire le pataquès de la classification politique habituelle, les deux se mélangent. L'électeur sera en mal de repères les 9 et 16 mars. A gauche c'est pléthore de candidats, genre «plus à gauche que mois tu meurs»: double ou triple candidatures revendiquées aux cantonales (Montembœuf, La Couronne, Ruelle) comme aux municipales (La Couronne et Ruelle - encore - Barbezieux, L'Isle-d'Espagnac, etc.). A droite, la mode est à «la couverture divers». Onze candidats sur quinze aux cantonales s'affichent dans un vague «divers droite» pour quatre malheureux UMP. A Angoulême, le sigle du parti au pouvoir n'apparaît même pas sur l'affiche du sortant, Philippe Mottet.
La sémantique fait le reste: fleurissent, comme toujours, les «listes d'ouverture et de progrès», les «listes d'entente pour l'avenir» et autres «listes d'union démocratique». Sans oublier les ralliements inattendus: un pilier du PS avec une tête de liste MoDem à Confolens (Germaneau-Weller), l'ancien leader de l'opposition socialiste avec le maire sortant de droite à Soyaux (Fort-Nebout). Gauche et droite disparaissent du vocabulaire, s'estompent, comme si elles n'existaient plus. Mortes et enterrées, balayées par l'économie de marché, la chute du mur de Berlin et la mondialisation de l'économie.
«S'il n'y a pas de camp, il n'y a pas de débat»
«Ont-elles vraiment jamais existé à l'échelle des enjeux communaux», s'interroge Jean Gombert. Il est maire de Javrezac, bourgade proche de Cognac, depuis 1977, conseiller général classé divers droite depuis 2001. Aux étiquettes, il préfère «les projets arrêtés ensemble et les priorités définies ensemble». Il a fait son école de la politique sur les stades de rugby, sous les couleurs du SC Angoulême et de l'US Cognac, ce qui prédispose au rassemblement. «On y apprend à se fixer un objectif et à jouer collectif. C'est ce qui m'a marqué et qui dicte ma conduite. Je n'ai pas l'âme d'un militant.»
Jeanne Filloux, socialiste depuis toujours, conseillère générale depuis un quart de siècle, un temps conseillère municipale à Champniers, s'inquiète de l'affadissement de la ligne de partage. «S'il n'y a pas de camp, il n'y a pas de débat, donc il y a risque pour la démocratie, résume-t-elle. C'est la voix la plus forte qui domine. C'est la porte ouverte à l'autocratie ou au populisme, voire au n'importe quoi.» Elle note un déclin de cette culture politique qui enflammait les préaux au bénéfice, dans le politiquement correct de mise, de la gestion et des projets. «Sans doute parce que les partis ne font plus leur travail de réflexion mais se comportent en syndicats d'élus.»
Jean-Michel Bolvin, le patron de l'opposition UMP et divers droite au sein du conseil général, le dit d'une autre façon: «On a de plus en plus de mal à trouver des gens qui ont envie d'en découdre». Mais en découdre pourquoi quand, le même élu en convient, «dans une instance comme le conseil général, les figures imposées par la décentralisation ne laissent guère de place à l'initiative». Donc à l'idéologie.
Gérard Desouhant, professeur de collège, divers gauche sans étiquette, ancré dans la gauche laïque, maire de Champagne-Mouton et conseiller général du canton, admet qu'il n'y a pas de clivage à l'heure de constituer une équipe municipale, mais, sur le fond, s'insurge: «Bien sûr qu'il y a une ligne de fracture, c'est le souci de l'équité et de la justice sociale. Au conseil général, la gratuité de l'accès à l'école de musique, les bourses pour donner le coup de pouce à des jeunes dans l'enseignement supérieur ou l'accès à l'emploi, c'est la gauche.» «La gauche, enchaîne Jeanne Filloux, c'est l'homme au centre des préoccupations, contre, à droite, le culte du chef.»
«Ah, soupire Jean-Michel Bolvin, tout est dit. La grosse force de la gauche c'est qu'elle représente le bien. Le mal c'est nous, la droite, les buveurs de sang, les vilains capitalistes.» Alors, sans complexe ni scrupules, il revendique pour la droite la primauté de l'individu sur le groupe, la valeur travail comme point fixe, «quand la gauche défend l'égalitarisme et la société de loisirs». Et l'ancien président du conseil général emprunte à l'écrivain très chiraquien Denis Tillinac pour conclure par une pirouette drôle qui veut encore croire à la différence, «La droite ce n'est pas le pendant systématique de la gauche, c'est ce qui reste à la liberté quand la gauche intellectuelle a tout régenté.»
Ivan DRAPEAU Charente libre Edition du 29.02.2008
Trackbacks
Pour faire un trackback sur ce billet : http://desirsdavenir16.zeblog.com/trackback.php?e_id=299652