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Forte du succès de son livre, Ségolène Royal a affiché jeudi sa volonté de se porter candidate pour diriger le PS en 2008, si elle parvient à "rassembler les socialistes", déclenchant aussitôt un tir de barrage au sein du parti. "C’est un peu tôt", lâche Jean-Louis Bianco. Le député des Alpes de Haute-Provence, qui fut son directeur de campagne pour la présidentielle, s’interroge : "Désigner un présidentiable en 2008, c’est prendre le risque d’engager une bataille de personnes très tôt. Ça peut user Ségolène Royal pour 2012. " Une opinion partagée par d’autres proches de la présidente de la région Poitou-Charentes, à l’image de l’ancien Premier ministre Pierre Mauroy ou des députés Michel Sapin et Patrick Bloche. Dans l'entourage politique de Ségolène Royal, qui se réunit boulevard Raspail tous les mardis matins, deux camps s'affrontaient sur la stratégie à adopter pour l'année 2008: partisans d'une annonce rapide avant les municipales et tenants d'une temporisation, François Rebsamen en tête. "Elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle se lance très vite", estime un membre de la direction du PS. "Après mars, (Bertrand) Delanoë va prendre son envol et ce sera beaucoup plus dur pour elle d'exister". C'est justement cette concomitance avec les municipales qui dérange Jean-Christophe Cambadélis. "Les présidentiables devraient penser à ceux qui 'en bas' travaillent pour contrer le gouvernement et réussir les municipales", déclare le député de Paris dans un communiqué. "Au moment où les Français sont confrontés à une rafale de hausses et la perspective de mauvais coups du gouvernement, l'annonce de la ronde des présidentiables n'est pas inattendue mais vraiment malvenue", déplore-t-il
Leur credo ? "Sortir du piège de la présidentialisation exclusive du parti qui conduit le plus souvent à la crise." Leur méthode ? "Organiser de véritables élections primaires au sein de notre électorat, à l’extérieur du parti, selon des règles d’ouverture large expérimentées par les gauches italiennes." Le moment idéal pour l’organisation de ces primaires ? 2010, conformément à l’agenda de la rénovation fixé en juin dernier par François Hollande. Claude Bartolone, député PS de Seine-saint-Denis et proche de Laurent Fabius, réagit vivement aux propos de Ségolène Royal.
"Cette déclaration n'est pas une surprise. Cela fait une demi-douzaine de fois que Ségolène Royal laisse entendre qu'elle souhaite prendre le PS au prochain congrès. Mais cette fois, c'est une vraie faute politique. Sa première déclaration de l'année 2008 laisse entendre que la préoccupation des socialistes pour 2008 se résume à un projet individuel pour le congrès. Or, les Français peuvent enfin mesurer la politique de Nicolas Sarkozy, ses lacunes en matière de logements sociaux, le pouvoir d'achat, la sécurité sociale. Ces questions doivent être nos priorités.
Les militants que je rencontre sur le terrain attendent des dirigeants socialistes qu'ils proposent un véritable projet alternatif. Encore plus en période de campagne électorale pour les municipales ! Les discussions pour savoir qui sera notre prochain premier secrétaire viendront plus tard. Et celles pour désigner notre prochain candidat à la présidentielle de 2012 se feront dans le cadre d'une discussion avec nos partenaires de gauche."
D'autant, qu'il y a risque d'érosion au PS: Selon Le Canard Enchaîné, François Rebsamen numéro deux du parti, craint pour 2008 une baisse de 40% des adhérents. Un sondage CSA/Valeurs actuelles à paraître vendredi montre que pour 56% des Français, les interventions et prises de position du PS "vont plutôt dans le mauvais sens". Même au conditionnel, ces déclarations marquent une étape importante pour Ségolène Royal, qui restait jusqu'alors évasive sur ses projets au sein du PS. "J'avance. Je n'ai pas de stratégie particulière, la politique c'est d'avancer, pas de faire du surplace", a-t-elle confié jeudi soir à quelques journalistes. Que pense-t-elle des réactions que ses déclarations ont provoquées? "Pas grand chose", a-t-elle lâché après avoir rendu visite à José Bové, qui a entamé une grève de la faim pour réclamer un "véritable moratoire" sur les OGM. "Ce n'est pas une accélération mais une progression. Elle fait un pas auprès l'autre mais le point d'arrivée n'est pas encore défini", confirme à Reuters Jean-Louis Bianco, son ancien directeur de campagne présidentielle. "Elle prend ses responsabilités et a le mérite de la clarté. Ses déclarations brouillent le jeu d'apparatchiks qui continuent à essayer de jouer le congrès en catimini", ajoute le député des Alpes-de-Haute-Provence. Après plusieurs visites sur le terrain à dominante sociale au mois de décembre, elle est annoncée le 12 janvier à Saint-Brieuc, dans les Côtes d'Armor, une ville gagnée par l'UDF en 2001 après trente années de gestion municipale de gauche. Elle a également annoncé sa présence au troisième et dernier "forum de la rénovation" du PS fin janvier après avoir été absente lors des deux premiers. |