Ce Canadien à la stature de colosse était, au même titre qu'Erroll Garner, un pianiste difficile à classer dans les diverses écoles du piano jazz. Autant Oscar «fonçait» souvent comme un fou, poussant son jeu avec une incroyable vélocité; autant Erroll «retenait» ses notes avec une irrésistible jubilation.
Compagnon de route du grand impresario Norman Granz et de la chanteuse Ella Fitzgerald, Oscar Peterson, né le 15 août 1925 à Montréal, était une sorte d'Hercule du clavier. Il commence à étudier le piano classique à 6 ans et, à 14 ans, remporte un tournoi amateur. En 1944, il est engagé dans l'orchestre de Johnny Holmes et se produit parallèlement en trio dans les clubs de Montréal et Toronto. Quelques années plus tard, il entame une carrière internationale et forme en 1951 son premier trio, avec Ray Brown à la contrebasse et Barney Kessel à la guitare auquel succédera Herb Ellis. À partir des années 1970, il joue en solo, en duo, en trio et en quartette, le plus souvent avec le contrebassiste Neils-Henning Orsted Pedersen et le guitariste Joe Pass.
Oscar Peterson était aussi un épicurien, fin connaisseur de la cuisine et des vins français qui, à l'instar de tous les pianistes de sa génération vouait une véritable admiration pour le sublime Art Tatum, dont on peut d'ail-leurs retrouver dans son jeu de nombreuses influences, jointes à celles de James P. Johnson et Nat King Cole.
On pense notamment aux descentes de la main gauche, aux montées de la main droite qui caractérisent le style flamboyant de Tatum, illustré dans son œuvre complète grâce à la collection des dix disques produits par le même Norman Granz, qui l'engagea dès 1949 au sein du célèbre Jazz at the Philarmonic.
D'Oscar Peterson, on peut dire pour le définir qu'il était un classique chez les modernes. Sa forte personnalité et la richesse de son style faisaient qu'il ne ressemblait à aucun autre pianiste. En technicien exceptionnel, il a su approfondir et diversifier son jeu dans une constante recherche des contrastes et dans un déluge savant de notes. Il avait l'art de créer la surprise, de jouer toujours là où on ne l'attendait pas et de bousculer ses partenaires, toujours prêts à suivre les cavalcades rythmiques, les fantaisies harmoniques de leur patron.
Élégance naturelle
Quelle inspiration, quelle adresse! Dans la ballade ouatée (Tenderly) comme dans le up tempo déchaîné (Tour's end avec l'élégant Stan Getz) ou l'accompagnement d'une section de cuivres et de cordes dans le merveilleux thème de Dizzy Gillespie, Con alma. L'occasion de savourer le phrasé limpide d'Oscar, son toucher particulièrement nuancé, tantôt délicat, tantôt énergique, son élégance naturelle et l'étonnante facilité avec laquelle il improvisait des canevas originaux.
Des qualités qui ont contribué à la beauté sonore de cet instrumentiste et compositeur de renom qui avait un sens inné du rythme et de l'invention mélodique, une faconde éblouissante.
La carrière de cet aristocrate du piano jazz fut riche et exemplaire, à l'instar de son impressionnante discographie où figurent notamment les noms de Charlie Parker, Lester Young, Billie Holiday, Count Basie, Lionel Hampton, Dizzy Gillespie, Coleman Hawkin et Sarah Vaughan. De cet homme intelligent et chaleureux reste aujourd'hui l'image d'un vrai gentleman.
Ecoutez Oscar Peterson en quartet avec le guitariste Joe Pass lors d'un live enregistré en 1987.