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| Enfants Africains enlevés |
Rama Yade : "on ne pouvait pas faire plus"
La secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'homme Rama Yade a assuré que Paris "ne pouvait pas faire plus pour arrêter" l'opération controversée de l'association l'Arche de Zoé visant à faire venir en France 103 enfants depuis le Tchad.
"On a fait le maximum de ce qui pouvait être fait. Nous avons fait tout ce qu'il y avait à faire pour qu'elle (l'opération) n'ait pas lieu et si elle a eu lieu, c'est de la manière la plus clandestine qui soit", a rappelé Mme Yade au cours d'une conférence de presse.
Les responsables de l'association ont en revanche multiplié les déclarations pour assurer que les autorités françaises leur avaient fait part de leurs réserves, mais sans jamais leur interdire formellement de mener leur projet.
La polémique enfle et les discours se contredisent depuis l'arrestation au Tchad, jeudi, de neuf Français, parmi lesquels six membres de l'association, accusés d'avoir "enlevé" 103 enfants africains pour les faire adopter en France.
L'association française Arche de Zoé, accusée d'avoir enlevé 103 enfants de l'est du Tchad et du Darfour (ouest du Soudan), n'a jamais été enregistrée au Soudan, a indiqué, vendredi 26 octobre, un responsable local de l'ONU, relevant que de nombreuses mises en garde avaient été émises depuis plusieurs mois. "Cette association n'a jamais été enregistrée ici", a affirmé Antoine Gérard, chef du Bureau de Coordination des Affaires humanitaires (BCHA-OCHA) de l'ONU au Soudan. Ce responsable, qui avait été alerté "il y a quelques mois" par l'ambassade de France du risque d'un tel projet, a estimé plus probable qu'il ait été monté à partir du territoire tchadien.
Jeudi, la police tchadienne a arrêté neuf Français, dont trois journalistes, accusés d'avoir "enlevé" 103 enfants originaires du Tchad et du Darfour, région soudanaise frontalière en proie à une guerre civile, pour leur adoption en France, moyennant finances. "Rien n'est encore clair dans cette affaire, y compris s'il s'agit bien d'orphelins du Darfour, mais la piste tchadienne parait la plus vraisemblable", a-t-il estimé. Ces enfants, aujourd'hui hébergés au Tchad, pourraient provenir de camps de réfugiés ou de déplacés, mais "il ne s'agit pas nécessairement d'enfants soudanais", a-t-il estimé.
L'adoption étant illégale au Soudan, il est, en tout cas, certain que jamais cette initiative n'aurait obtenu l'aval des autorités, lesquelles avaient été mises au courant, a-t-il précisé. Une source diplomatique française à Khartoum a confirmé avoir eu vent du projet de l'Arche de Zoé au printemps, et d'avoir immédiatement mis en garde les institutions internationales et les ONG humanitaires, en particulier françaises.
"Peu d'orphelins parmi ces enfants"
De son côté, le président d'Unicef France (Fonds des Nations unies pour l'enfance), Jacques Hintzy a déclaré vendredi que la plupart des enfants ne semblent pas être orphelins, contrairement à ce qu'assure l'Arche de Zoé : "les premiers entretiens qu'on a eus avec ces enfants, et ce n'est pas très facile avec des enfants qui ont cet âge-là, laissent supposer qu'il y peu d'orphelins dans cette population d'une centaine d'enfants", a-t-il indiqué sur France 2.
S'agissant de l'opération de l'association, il s'est dit "partagé entre l'inconscience et l'escroquerie car, quand je reprends les documents du 7 mai de l'Arche de Zoé, ils parlent bien d'adoption". "Enfance et Familles d'adoption" (EFA) assure, pour sa part, avoir "alerté" le ministère des Affaires étrangères après avoir reçu en mai des messages sur son forum internet de l'association l'Arche de Zoé, évoquant des "adoptions" possibles d'enfants du Darfour, a-t-elle expliqué. "Nous avons alerté le ministère des Affaires étrangères en mai, parce qu'on avait reçu sur nos forums des messages de cette association, l'Arche de Zoé, qui présentait l'opération des enfants du Darfour, et parlait d''adoption au bout d'un certain temps'", a précisé Marie-Claude Arnould, chargée de l'adoption internationale à l'EFA. "Ce n'est pas anodin que cette association ait lancé des messages sur des sites d'adoption", a-t-elle ajouté, estimant que des "familles peu au courant des règles d'adoption peuvent être influencées", "nous les avons prévenues de ne pas tomber dans le piège".
L'Elysée dément tout soutien, Rama Yade condamne
De son côté, le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a démenti tout soutien de l'Elysée ou de Cécilia Sarkozy à l'association.
"Je démens formellement l'information selon laquelle l'association l'Arche de Zoé pouvait se targuer du soutien de l'Elysée ou de Cécilia Sarkozy, c'est totalement faux", a déclaré David Martinon lors de son point de presse hebdomadaire. Citées vendredi dans Le Figaro, des personnes ayant participé au transport au Tchad de ces enfants, qui devaient être adoptés en France, ont affirmé que l'association l'Arche de Zoé s'était prévalue auprès d'eux du soutien de la présidence française. Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l'Homme, a estimé cet acte "illégal et irresponsable", précisant que ces enfants n'étaient pas destinés à l'adoption et que les responsables de l'opération "devront rendre des comptes.
Dès le 22 juillet, toutes les ONG travaillant au Darfour que j'avais réunies ont été unanimes pour condamner cette opération. Aujourd'hui on ne sait rien des conditions de regroupement de ces enfants. On ne connaît rien de leurs origines, de leur nationalité et de la réalité de leur situation familiale et communautaire", a déclaré Rama Yade dans un entretien publié vendredi dans Le Parisien. "Pour l'instant le parquet est saisi, la justice est saisie, et nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir et dans notre capacité pour éviter qu'une opération aussi abusive ne se mette en place", a-t-elle précisé jeudi soir sur France Info.
"Sévèrement sanctionnés"
Le président tchadien Idriss Deby Itno a déclaré que les responsables de l'opération seraient "sévèrement sanctionnés". Il a qualifié l'opération de cette association d'"inhumaine", "impensable" et "inadmissible", a-t-on appris auprès de la présidence tchadienne. Le chef de l'Etat s'est rendu vendredi matin auprès des 103 enfants "récupérés" la veille par les autorités tchadiennes à Abéché, principale ville de l'est du pays, alors qu'ils allaient être embarqués dans un avion à destination de la France par l'ONG.
3 questions à Véronique Taveau,porte-parole de l'UNICEF international
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"Un enfant n'est pas un sac"
Des membres d’une ONG française, "l’Arche de Zoé", ont été arrêtés au Tchad, jeudi 25 octobre, pour avoir voulu faire venir en France 103 enfants tchadiens. L’Unicef fait partie des organisations qui les ont pris en charge depuis hier. Quelle est votre mission dans cette affaire ?
- On a été alerté hier par le gouvernement tchadien. Depuis les enfants sont dans un centre d’assistance à la famille tchadien à Abéché, à l’Est du pays. On leur a fourni de la nourriture, des soins médicaux. Après le choc d’hier, ils vont mieux, même si leur état psychologique n’est pas encore très bon. On travaille principalement avec les autorités tchadiennes, le CICR et l’UNHCR. Les enfants ne sont pas blessés, contrairement à ce que dit l’ONG qui les a enlevés. Apparemment, ils avaient des bandages, mais lorsqu’on les leur a enlevés, on s’est rendu compte qu’ils n’étaient pas blessés. L’ONG a déclaré qu’elle avait préparé cet enlèvement pour sauver ces enfants. Il faudra qu’elle apporte des preuves du danger qu’ils encouraient. Pour le moment, nous sommes dans l’urgence car il faut que l’on parvienne le plus rapidement possible à établir qui sont ces enfants, s’ils sont orphelins -comme le prétend l’ONG qui a les enlevés- ou non, d’où ils viennent, à les « tracer » littéralement. On ne sait même pas s’ils viennent du Tchad ou du Soudan. C’est d’autant plus difficile que ces enfants ont entre 1 et 8 ans, la majorité ayant entre 4 et 5 ans. Les personnes qui les ont enlevés devraient dire d’où ils viennent.
Que pensez-vous de la ligne de défense de l’association l’Arche de Zoé, qui disent avoir voulu envoyer ces enfants dans des familles d’accueil en France pour les protéger des conflits de la région ?
- On regarde l’affaire du point de vue légal et éthique. On s’en tient aux conventions internationales, notamment la convention de La Haye, qui date de 1993. Même si un ou même les deux parents d’un enfant sont décédés, on essaie de ne pas le déraciner. On fait des recherches dans sa famille élargie pour savoir s’il a des frères, des oncles, etc., qui pourraient le prendre en charge. On regarde d’abord si l’enfant peut rester dans sa famille avant d’envisager une autre solution. Quand il s’agit d’adoption internationale, elle doit être faite de manière éthique et dans la transparence. Or, il apparaît que dans l’affaire des 103 enfants tchadiens cela n’a pas été le cas : ce qui s’est passé n’est ni éthique, ni légal. Les enquêtes en cours côté tchadien et français nous permettront, je l’espère, d’en savoir plus le plus vite possible.
La situation des enfants dans les camps de déplacés n’est pas une situation enviable, c’est vrai. La vie dans les camps est difficile, la situation politique dans la région est dangereuse. Mais cela n’explique pas le fait de déraciner ces enfants encore plus en les emmenant loin de leur monde, de leur famille. On essaie de leur venir en aide sur place, c’est notre mission. Avec l’espoir, toujours, que cette situation d’instabilité est temporaire, qu’ils pourront retourner chez eux, retrouver leurs racines, et la paix. Il est arrivé que des enfants soient emmenés dans d’autres pays pour y être soignés lorsque leur pays d’origine ne pouvait leur donner les soins dont ils avaient besoin. Cela s’est passé avec des enfants irakiens, par exemple. Mais ensuite, ils sont retournés dans leur pays. Encore une fois, un enfant n’est pas un sac que l’on emmène et dépose ailleurs.
Cette collision entre humanitaire et trafic d’enfants, si cela s’avère être le cas, est-elle une première ? Quelles peuvent en être les conséquences ?
- Le trafic d’enfants existe, à l’évidence. Mais pas à cette échelle : 103 enfants, c’est beaucoup… Sur le plan humanitaire, il se peut qu’il y ait parfois des dérapages et ce qui s’est passé hier en est un. Du moins, l’enquête nous le dira. Mais le public doit faire la différence entre le travail que nous faisons depuis si longtemps, nous et d’autres organisations, de manière transparente et organisée, et ce qui s’est passé hier avec cette ONG, qui n’est dans la région que depuis très récemment et qui a agi de manière totalement irresponsable. Il faut que la population locale et les gouvernements continuent de nous faire confiance, mais aussi la population occidentale. Car nous avons besoin de leurs financements, de leurs dons.
Le danger est qu’ils arrêtent de nous donner de l’argent au motif qu’ils ne savent pas où va l’argent, à quoi il est employé.
Interview de Véronique Taveau par Sarah Halifa-Legrand (le vendredi 26 octobre 2007)
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