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Les généralistes sur la route du désert
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Les médecins de campagnes sont de plus en plus rares, comme le constate Joëlle Rousseau à Confolens
Cataclysmique!» Au conseil de l'ordre des médecins de Charente, le style Bacquart, c'est direct. La Charente profonde un désert médical? «On n'est pas malheureux, ironise le président. C'est moins bien qu'hier mais mieux que demain.» La désertification des zones rurales devient de plus en plus préoccupante. Depuis le début de l'année 2007, un seul médecin généraliste s'est inscrit sur les tablettes du conseil de l'ordre pour exercer, à Baignes. Pendant la même période, neuf plaques ont disparu. Deux médecins sont décédés. Les autres sont partis à la retraite ou ont arrêté pour raisons de santé. A Ruelle, Michel Broncy s'inquiète. Un cabinet de groupe a perdu trois de ses quatre médecins. «Et deux autres devraient partir à la retraite dans les trois ans.» Dans le département, il reste aujourd'hui 339 généralistes et 226 spécialistes libéraux. Les généralistes étaient 355 il y a dix ans. Derrière ces chiffres se dissimulent des disparités. Il existe en Charente des zones blanches qui pourraient correspondre - c'est sans doute un hasard - à celles de la couverture téléphone et Internet. Les secteurs de l'est du département, autour de Confolens, Montembœuf, Chalais, Aubeterre sont sinistrés, ainsi que dans le nord, du côté d'Aigre ou de Villefagnan. Pire. Dans le Confolentais, la moyenne d'âge des praticiens tourne autour de 56 ans. Du côté de Montmoreau, La Rochefoucauld, Montembœuf, elle flirte avec les 54 ou 55 ans. «Les anciens sont fatigués, mais surtout désabusés, constate le docteur Bacquart. La pression de la Sécu, l'évolution des pratiques professionnelles qui leur fait s'entendent dire qu'ils font n'importe quoi, les malades qui en demandent plus..., ça passe mal chez les anciens. Et ils ne feront pas de rab.» Et quand les jeunes diplômés rechignent à venir s'installer à leur place, la question préoccupe. En 2004, le docteur Jean-Louis Provost, secrétaire du conseil de l'ordre, était parti démarcher les étudiants de dernière année à Poitiers. «En face de lui, quarante-cinq étudiants, se souvient son président. Une promo quasi complète. Et un seul qui se destinait à la médecine générale libérale.» «C'est maintenant qu'il faut réagir, pendant que nous avons encore des avantages à proposer, estime le docteur Bacquart. Quand ce sera le vrai désert, ce sera trop tard.»
Les étudiants démarchés
C'était en substance la teneur des conversations entre l'Ordre, Michel Boutant, le président du conseil général et Jean-Claude Viollet, le député. En juin, le conseil général a arrêté le principe d'une bourse allouée aux étudiants en médecine qui, en contrepartie, s'installeraient dans les zones sensibles du département pour un certain nombre d'années. Aussitôt qu'il aura affiné sa proposition, en partenariat avec la caisse régionale d'assurance-maladie et le conseil régional (1), le conseil général va démarcher les étudiants des facultés de médecine de Bordeaux, Poitiers, Limoges, Paris et Lille. Ce sera dans le courant de l'année universitaire en cours.
«C'est jouable, espère Michel Bacquart. Le département est attractif. Un confrère parisien me vantait encore il y a peu la proximité de la mer, de la montagne, la qualité de vie. Géographiquement, on n'est pas mal placés, avec une préfecture centrale, des CHU à proximité.» C'est peut-être l'un des moyens d'éviter la pénurie. «Ce n'est même pas une question de mauvaise répartition sur le territoire, analyse Michel Bacquart. La répartition se fait en fonction des postes offerts à l'hôpital, et en fonction du boulot.» Il ne faut sans doute pas espérer un retour au médecin de campagne isolé, quand la Sécurité sociale a décidé de revaloriser les honoraires des médecins en zone désertifiée uniquement pour les cabinets de groupe. Il y a pourtant urgence à trouver une solution: 2012 et 2013 verront une grosse vague de départs déferler. «Si on ne met pas dix ans à se mettre en place, on pourra avoir un tuilage avec de jeunes confrères», que les zones les moins bien pourvues risquent de s'arracher. «Parce que l'on ne pourra pas régler le problème en augmentant le numerus clausus. Il faut quinze ans, pour former un médecin.»
La Charente semble beaucoup croire à son «european connection» avec les pays de l'Est. C'est en Roumanie que Jimmy Maizière, le maire de Charras, a trouvé la perle rare: Rodika Rusu, vingt ans d'expérience, décidée à s'installer dans la maison médicale désertée depuis plusieurs mois, depuis le départ de son prédécesseur. Il était Polonais. Il a tiré le rideau parce qu'il ne travaillait pas assez, disait-il. «Il y a un potentiel, affirme pourtant le maire qui a passé une annonce sur Internet et qui est prêt à beaucoup. «On lui propose le local et le logement gratuitement pendant un an.» Et il avance quelques arguments: une maison familiale d'accueil pour personnes âgées et handicapées pour la mi-2008, deux lotissements en prévision, une population vieillissante, et un médecin non remplacé à Mareuil-sur-Belle, juste de l'autre côté de la frontière de la Dordogne. Plusieurs médecins étrangers sont déjà installés en Charente. D'autres pourraient suivre. Le mari de la médecin de Charras pourrait lui aussi s'installer dans le département.
(1) La Région alloue des aides aux étudiants de la région qui font leur stage professionnel en milieu rural, elle subventionne aussi les collectivités qui proposent le regroupement des professions de santé dans des maisons médicales
Jean-François BARRÉ La Charente libre Edition du 12 octobre 2007
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