Plusieurs milliers d'internes en médecine manifestent pour la liberté d'installation
Plusieurs milliers d'internes en médecine (10 000 selon les organisateurs, 7 500 selon la police) ont manifesté, jeudi 11 octobre après-midi, dans les rues de Paris pour défendre le principe de la liberté d'installation des médecins, remis en cause dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS) adopté le même jour en conseil des ministres.
Depuis la mi-septembre, internes et étudiants en médecine s'opposent à l'article 32 du PLFSS qui, pour parer à la pénurie de médecins constatée dans certaines régions, prévoit de freiner l'installation des praticiens dans des zones déjà bien dotées : le nombre de médecins bénéficiant d'un conventionnement y serait désormais limité. Une idée reprise également dans un rapport sénatorial sur la démographie médicale rendu public mercredi 10 octobre, qui, parmi "quinze recommandations pour limiter la fracture territoriale en matière d'offre de soins", préconise de "permettre aux partenaires conventionnels de réguler les installations dans les zones médicalement surdotées". "Si la proposition de déconventionnement est mise en place, explique Elodie Clouqueur, interne en gynécologie à Lille, cela veut dire que quand je voudrai m'installer, si l'on juge qu'il y a trop de gynécologues à Lille, alors mes patientes ne seront pas remboursées par la Sécurité sociale. Ou alors, pour respecter cette sorte de quota, il faudra que j'attende qu'un autre gynécologue prenne sa retraite... Et là, libre à lui de vendre sa patientelle à prix d'or."
Les internes ne nient pas les chiffres repris par le rapport, qui constate que "des écarts de densité médicale importants existent déjà : en région Centre, par exemple, les effectifs de médecins généralistes sont inférieurs de 20 % à la moyenne nationale". Selon les travaux réalisés par les missions régionales de santé cités par le rapport, "2,3 millions de personnes vivent dans 634 zones identifiées comme 'en difficulté' ou 'fragiles'", principalement dans les régions Centre, Haute et Basse-Normandie et en Picardie.
"JAMAIS UN MÉDECIN DE CAMPAGNE N'EST VENU NOUS EXPLIQUER SON MÉTIER"
"Le problème existe, mais ces mesures ne sont pas les bonnes", explique Emmanuel Gallot, président de l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale. "Il faut des mesures incitatives ! Il en existe déjà, mais il s'agit seulement de mesures financières. Or quelqu'un qui s'installe dans une zone où il y a peu de médecins aura forcément beaucoup de patients : la rémunération ne sera donc pas un problème ! Ce que nous demandons, c'est une véritable réorganisation de la médecine dans ces zones. Si nous voulons vraiment pallier le déficit qui ne va faire que s'accroître dans les années qui viennent, il faut changer nos façons de faire."
Les internes demandent ainsi des mesures qui facilitent l'exercice de leur métier dans ces régions sous-médicalisées : améliorer la coordination à distance entre les praticiens, accélérer le transfert des données (par exemple de généraliste à radiologue), créer des centres de soins où se regrouperaient plusieurs professionnels (généraliste, infirmière, cardiologue...). Des mesures également préconisées par le rapport sénatorial, qui insiste notamment sur le développement de la "télémédecine" et la création de "maisons de santé".
Les internes rappellent par ailleurs que le problème de la démographie médicale n'est pas nouveau, et qu'il a été renforcé par la réduction drastique des numerus clausus. Ils refusent de supporter les conséquences du manque d'anticipation des politiques et soulignent les failles au sein de leur formation. "Jamais un médecin de campagne n'est venu nous expliquer la façon dont il exerce son métier, déplore Cécile, interne en endocrinologie à Marseille. Je n'ai aucune idée de ce qu'il faut faire quand on n'a pas immédiatement la radio ou les résultats d'une prise de sang. Nous avons été formés à une médecine hyperspécialisée. Jamais pendant nos études nous n'avons fait de stage dans un cabinet éloigné de tout. Je n'ai pas été formée à ça, et je ne le serai toujours pas à la fin de ma formation."
Tous les syndicats d'internes et de jeunes médecins devraient rencontrer Roselyne Bachelot lundi matin pour préparer l'organisation d'Etats généraux de la santé. Reste à savoir si l'article contesté de la PLFSS sera remis en cause.
Aline Leclerc LEMONDE.FR | 11.10.07