Candidat malheureux mais prometteur - il a obtenu 49% - aux législatives à Argenteuil, Faouzi Lamdaoui, n'a pas pour autant baissé les bras. Cet ingénieur logisticien de 44 ans explique au JDD son combat pour la diversité, dont il entend faire un pilier de la rénovation, comme secrétaire national du PS à l'égalité, la diversité et la promotion sociale.
Faouzi Lamdaoui espère placer la diversité au centre de la refondation. (Mélanie FREY/Fedephoto)
En nommant Rachida Dati, garde des Sceaux, Fadela Amara à la politique de la ville et Rama Yade aux Affaires étrangères et aux Droits de l'Homme, Sarkozy n'a-t-il pas fait un signe aux populations issues de l'immigration ?
C'est en effet une bonne chose mais cela ne suffit pas. Nicolas Sarkozy, fort de son élection et à la faveur de la vague bleue annoncée, aurait pu favoriser l'élection de candidats de la diversité aux législatives. Il ne l'a pas fait, il a préféré coopter quelques personnalités dans le gouvernement. Ce qui est loin d'égaler la légitimité que procure le suffrage universel.
Le PS n'a pas été non plus très en pointe...
Nous les socialistes, sommes les seuls à avoir voulu donner à la diversité non seulement une chance mais une présence avec 17 candidats. Et si nous avions bénéficié d'une vague rose, nous aurions eu au moins dix élus. Mais je reconnais qu'il y a encore des blocages forts: une élection au scrutin uninominal sera toujours plus difficile à gagner pour un candidat de la diversité. Par exemple, à Argenteuil, lors de la campagne législative, ma permanence a été vandalisée, mes affiches ont été recouvertes d'inscriptions racistes. Le député-maire UMP sortant n'a pas condamné ces actes et une fois réélu il a même glissé à l'oreille d'un député PS: "Si vous n'aviez pas envoyé un arabe, vous auriez pu enlever la circonscription." C'est grave. J'ai tout de même obtenu 49%, un score honorable qui prouve que le changement est en cours, malgré les lenteurs et les embûches. Et je pense que cela ne sert à rien d'accuser, comme certains l'ont fait, les dirigeants du PS, d'autant que depuis 2002, il y a eu de grandes avancées en ce domaine grâce à la politique d'ouverture décidée par François Hollande.
Mais cher camarade, le résultat hélas c'est le dégré ZERO en matière de représentativité au parlement, alors que tu le sais bien, la population est prête.
Qu'est ce qui n'a donc pas fonctionné si la volonté politique était là?
Ou alors que n'avons nous pas fait que nous aurions dû faire?
Les réponses à ces questions sont pourtant claires!
Que faut-il faire aujourd'hui pour accentuer le mouvement ?
Il faut en finir avec le cumul des mandats, avec les privilèges accordés à certains potentats locaux et surtout agir sur les mentalités pour qu'enfin les instances politiques de notre pays soient représentatives de la société française. Il est urgent de faire émerger une nouvelle génération de responsables politiques grâce aux élections locales. Si nous voulons améliorer la diversité et assurer le renouvellement dans les années à venir, un gros effort est nécessaire dès aujourd'hui.
Les élections municipales nous en offrent l'occasion d'autant que Nicolas Sarkozy veut occuper tout l'espace politique pour gagner les municipales qui seront le premier test électoral du quinquennat. Cette stratégie d'ouverture rend le clivage gauche-droite illisible pour les citoyens. La gauche doit sortir du piège sarkozien. Nous devons montrer un visage ferme et réactiver le clivage gauche-droite au lieu de nous lamenter du départ de certains camarades opportunistes dans le camp adverse.
La gauche doit jouer la carte des valeurs et du renouvellement. Nous avons des hommes et des femmes très brillants dans notre parti comme il y a beaucoup de talents à l'extérieur du parti. Acteurs associatifs, syndicalistes, intellectuels, il faut compter avec eux. Nous devons incarner une vraie gauche portée par le peuple de gauche.
Comment la gauche peut-elle reconquérir un électorat perdu ?
La gauche doit beaucoup aux quartiers populaires, c'est grâce à eux que Ségolène Royal a été présente au second tour de la présidentielle et obtenu un score honnête. Nous ne devons donc pas les décevoir d'autant que la droite leur jette de la poudre aux yeux avec la nomination au gouvernement de personnalités issues de l'immigration. Les quartiers doivent donc être totalement associés au processus de renouvellement de la gauche. Le PS doit redevenir un grand parti populaire et progressiste, pour cela il doit changer sa sociologie. Il faut faire de la place à tous les habitants des quartiers populaires qui veulent s'engager à gauche. Aux prochaines municipales, la composition des listes électorales de gauche doit absolument refléter la diversité de la société française.
Le PS semble pourtant plus préoccupé de querelles de personnes et de batailles de courants !
Sortons de cette schizophrénie. Les militants, les habitants des quartiers ne veulent plus assister à des querelles d'ambitions ridicules et personnelles. La politique à l'ancienne, ça ne marche plus. Et moi j'en ai marre d'entendre parler d'éléphants, de lions, de gazelles! Nous ne sommes pas un zoo, la rénovation, il faut en parler et il faut surtout la pratiquer. François Hollande a bien fait de lancer le processus de rénovation du PS. Pratiques, idées, structures, tout doit y passer! Le système actuel est un système proportionnel qui induit les courants. Certes, il permet de représenter toutes les sensibilités qui traversent notre parti, mais dans la pratique cela rend difficile la création de majorité nette et nous contraint à des synthèses parfois artificielles. Il faut donc améliorer ce fonctionnement, c'est d'ailleurs l'objectif de la commission de la rénovation que présidera le premier secrétaire et qui sera installée le 20 janvier. Nous devons trouver un mode de fonctionnement capable de fédérer toute la gauche, comme l'UMP fédère toutes les droites.
Propos recueillis par Florence MURACCIOLE
Le Journal du Dimanche du 5 Août