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Obama, rêve américain d’une inexistante diversité française
« Barack Obama incarne cette capacité d’un pays à dépasser les origines, le poids de l’histoire. Il n’est pas arrivé là grâce à sa couleur de peau, mais par ses compétences », explique Karim Zeribi. L’élu socialiste marseillais se dit « fasciné » par le phénomène Obama depuis qu’il a assisté il y a deux mois à un de ses meetings à Philadelphie. Trouve « très bien » la mise en place des comités Obama franco-français comme celui qui les rassemble ce soir. Mais note que « c’est significatif d’un profond malaise ».
« En France, on est obligé de rêver de diversité par transfert. Quand on voit ce qui se passe au PS par exemple, on se dit qu’il est parfaitement impossible qu’un Obama émerge dans les cinq à venir. Ce n’est pas propre aux socialistes, les élites françaises en général sont prisonnières de la reproduction sociale. Alors, forcément, quelqu’un qui s’impose comme candidat aux présidentielles en quelques années, ça fait rêver », analyse Zéribi. Lui, ne voit pas dans Obama un « symbôle de la diversité ». « Rachida Dati est un symbôle. Obama, non. Personne ne l’a « autorisé » à être là où il est. Il y est allé tout seul ». Et de prévenir les militants de la diversité « à la française ». « Je ne veux pas un jour voter pour un candidat seulement parce qu’il est noir ou maghrébin. Nous devons être fiers de nos origines, mais il faut transcender nos origines, couper le lien naturel. Nous ne pouvons pas sans cesse regarder vers le passé et ne porter que le poids de l’histoire, de l’esclavage, de notre militantisme ».
Lors de cette soirée, chacun semblait transférer ses propres attentes politique et sociétales dans la figure du candidat démocrate américain. Patrice Schoendorff, président du comité lyonnais de Barack Obama, perçoit dans l’ascension d’Obama l’univers qu’offre l’Amérique. Par opposition aux conservatismes de la société française. Ce déçu de la gauche, note avec amertume qu’il y a là « beaucoup d’anciens de la marche des Beurs en 1981 ». « Et aucun responsable socialiste ». Il remarque que la nouvelle génération issue de la diversité se tourne de plus en plus vers les pays anglo-saxons. Fabienne Levy, élue radicale (de droite) à la région Rhône-Alpes, voit elle un « nouveau Kennedy » en Obama. Alice Géraud PHOTO : Roger Tonye Libelyon
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La fin de l'autorité présidentielle?
Par Édouard Husson, historien de l'Allemagne contemporaine, qui note l'absence d'instinct et de maîtrise de Nicolas Sarkozy dans l'exercice du pouvoir.Rien n'est plus difficile que de diriger des hommes, a fortiori quand il s'agit d'exercer la fonction de Président d'une république de plus de soixante millions d'habitants. Nicolas Sarkozy va en faire, toujours plus, l'amère expérience. Quel curieux homme que l'actuel président de la République. Il a montré un réel talent pour conquérir son actuelle fonction. Mais, maintenant qu'il y est parvenu, il semble être dénué de tout instinct quant à l'exercice du pouvoir.
Quelques scènes reviennent immédiatement à l'esprit: le président élu jouissant ostensiblement de l'argent mis à sa disposition par des grands patrons dès le soir de son élection; défiant la France entière lorsqu'on lui reproche le prix de la montre qu'il porte au poignet, la remplaçant par une "encore beaucoup plus chère"; étalant de façon impudique son nouvel amour et affichant son bonheur personnel d'époux récent d'une millionnaire au moment où tant de Français se demandent comment ils vont boucler leur fin de mois; augmentant son salaire au lieu de contribuer à hausser le pouvoir d'achat des Français. Question de tempérament ? Peut-être tout cela aurait-il été finalement accepté par les Français si le nouveau président avait su garder ses distances, faire un usage rare de la parole présidentielle, agi plus que parlé, conservé au pouvoir tout son mystère. Mais Nicolas Sarkozy a choisi la voie contraire.
De même qu'il jouit ostensiblement de l'argent mis à sa disposition, il expose en permanence sa fonction. Il est non seulement en permanence à l'écran mais il pratique une version pour le moins curieuse d'un "pouvoir proche du citoyen".
Aucune maîtrise, aucune retenue:
Valéry Giscard d'Estaing avait, voici trente ans, voulu abolir toute distance entre lui-même et les citoyens. Il n'avait pas la vulgarité de Nicolas Sarkozy et n'aurait jamais insulté personne en public mais les Français, en 1981, lui ont tenu rigueur de son mélange d'arrogance de grand-bourgeois et d'abolition du mystère qui doit entourer le pouvoir. Ses deux successeurs, François Mitterrand et Jacques Chirac, avaient retenu la leçon - il est vrai que leur tempérament les poussait, chacun à sa manière, à prendre de la hauteur par rapport aux affaires politiques ordinaires, à créer une distance entre eux-mêmes et les gouvernés. Sans s'en rendre compte, Nicolas Sarkozy est revenu aux erreurs giscardiennes, en les accentuant par une absence de contrôle de soi.
Nicolas Sarkozy semble être inconscient du danger qu'il y a à se mettre à la portée de ceux qu'on gouverne tout en ne cessant de répéter que l'on est le chef. Il risque de servir d'exutoire aux frustrations de la société française, les faits se mettant à mimer la violence de ses propos. Quand l'on force un chef d'Etat major à démissionner pour une défaillance locale, on s'expose à devoir un jour quitter le pouvoir contraint et forcé pour une bavure policière en banlieues. Quand on explique publiquement que la justice a été trop lente à poursuivre le précédent président de la République, on prend le risque d'être un jour soi-même sans recours face à la justice. Quand on dit à un simple citoyen "casse-toi, pauvre c...", il est probable que l'on quittera l'Élysée sous les injures. Article publié sur Marianne.fr Dimanche 06 Juillet 2008
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