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"Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. Rien ne me fera reculer"
| Sarko la poisse !
Il attendait la croissance, le pouvoir d'achat, l'Europe... Même s'il n'est pas directement responsable des maux qui l'accablent, le président français continue à voir le sol se dérober sous ses pas. Est-ce à dire que l'idée européenne est morte ? Certainement pas. A condition de changer radicalement de méthode De Gaulle n'aimait pas les malchanceux et les éloignait systématiquement. Les accidents industriels successifs dont est aujourd'hui victime Nicolas Sarkozy n'auraient pas, à coup sûr, fait de lui un familier du Général. Lui à qui, il y a un an, tout semblait réussir ! Jeune, conquérant, traînant tous les coeurs après soi. Certes, pas plus que du printemps pourri que nous connaissons, le président n'est responsable des maux qui tout à coup l'accablent : la hausse brutale du pétrole et le mécontentement produit par la flambée des prix qui l'accompagne. Et moins encore de la crise irlandaise de l'Union, à la veille de la présidence française. Lui, encore, qui s'était vu un moment en sauveur de l'Europe ! A qui le tour ? Voici qu'après le Danemark, la France et les Pays-Bas l'Irlande vient de dire non à un projet européen, sans craindre de paraître mordre la main qui l'a nourrie. Comme quoi il ne suffit pas de faire le bonheur des gens pour les rendre heureux. Car l'Irlande, c'est ce pays naguère misérable devenu en un quart de siècle éclatant de dynamisme, le second d'Europe par le niveau de vie. Et cela, grâce aux fonds structurels. Vous dites ? - Oui, les fonds structurels ! C'est ainsi que la technostructure bruxelloise a baptisé le plus grand effort de solidarité jamais consenti entre nations du Vieux Continent pour égaliser leurs conditions. A ce niveau d'inconscience sémantique, ce n'est pas à une faute de communication que l'on a affaire mais à une véritable incapacité du Machin bruxellois de se hisser à la hauteur de l'Idée européenne. Aujourd'hui, l'impression prévaut qu'à n'importe quelle question posée par ledit Machin, n'importe laquelle des vingt-sept nations de l'Union répondrait non, accréditant l'idée que, sous le vocable d'Europe, se développe depuis un demi-siècle sur le Vieux Continent un complot permanent des dirigeants contre les peuples. C'est ainsi que, de France aux Pays-Bas et des Pays-Bas en Mande, les mêmes objections reviennent mécaniquement : le texte est trop long, trop obscur; il expose les intérêts nationaux aux menaces du vaste monde; enfin, il comprend des pièges cachés. C'est ainsi que des Français ont vu une menace contre le droit à l'avortement, tandis que des Mandais y voyaient au contraire une tentative pour le leur imposer. De cette situation baroque, plusieurs leçons se dégagent. Il faut tout d'abord accorder à de nombreux partisans du non qu'ils ne sont pas des ennemis de l'Europe, pas plus que ceux qui votaient non aux référendums du général de Gaulle n'avaient le sentiment de sortir de la nationalité française. Mieux que cela : c'est parce qu'ils considèrent l'Europe comme un acquis irréversible qu'ils se permettent de lui faire des croche-pieds. En somme, les citoyens irlandais se comportent comme des agriculteurs français. D'autant plus que l'Europe est bonne fille : il suffit qu'on lui dise non pour qu'elle vous offre davantage. Il faut dire aussi que l'Europe souffre d'un déficit politique chronique. Elle s'est développée en marge des peuples qui la composent et ces peuples le lui font bien savoir. Là encore, il faut rendre justice à certains opposants - je pense par exemple à Paul Thibaud - qui dénoncent depuis longtemps ce déficit. Reste à savoir si une Europe des peuples conçue dans toutes les règles de l'art démocratique aurait jamais pu voir le jour. La tour de Babel des nations risquait d'être pire que la Berlaymont des eurocrates bruxellois. Il est clair, par exemple, que les pays de l'Est, venus à l'Europe pour des raisons principalement alimentaires, n'ont aucune envie d'aliéner une indépendance recouvrée depuis peu. Alors, que faire ? D'abord replacer l'événement que nous vivons à l'intérieur de la suite ininterrompue de crises dont est faite depuis un demi-siècle la construction européenne. La crise est en effet l'état habituel, sinon normal, de l'entité européenne, depuis le refus par la France de ratifier la Communauté européenne de Défense (CED) qu'elle avait elle-même proposée (1954); l'échec du projet de grande zone de libreéchange, d'origine anglaise (1958); puis celui du plan Fouchet, d'origine française, d'union des Etats (1962); le refus à deux reprises (1963 et 1967) parle général de Gaulle de l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté; le retrait de la France des institutions communautaires, appelé «politique de la chaise vide» (1965) en raison du rejet par de Gaulle d'un élargissement des pouvoirs de la Commission; les crises successives du SME (Système monétaire européen) en 1992 puis 1993; le non danois au traité de Maastricht (1992); les référendums négatifs en France et aux Pays-Bas (2005) sur le projet de Constitution européenne. On n'en finirait pas d'énumérer les étapes d'une histoire qui n'avance qu'au moyen de fièvres, de drames et de hoquets. Autrement dit, l'Europe en a vu d'autres et survivra une fois de plus à ce mélodrame; seulement, au lieu d'un règlement intérieur mieux adapté, elle continuera d'être régie par l'exécrable traité de Nice, gage à la fois d'impuissance et d'abaissement de la France. Alors, beaucoup de bruit pour rien ? Que non pas ! Ce que nous vivons, c'est le fiasco retentissant de la stratégie allemande et anglaise qui a, contre l'avis de la France, privilégié l'élargissement à tout- va de l'Europe, par rapport à la restructuration interne. A six ou même à douze, la crise était en somme un mode de gestion familial de la vie de la Communauté et, à l'occasion, une stratégie de l'innovation. Mais à vingt-sept, cette même stratégie, au lieu d'être génératrice de progrès, conduit tout droit à l'impuissance et au désastre final. Comme si les Européens, à l'annuaire des responsables de la planète, s'étaient inscrits aux abonnés absents. La règle de l'unanimité analogue au liberum veto polonais (1652) où un seul membre de la Diète pouvait en paralyser le fonctionnement - a eu pour fruit une Europe tiraillée en permanence entre le ridicule et la catastrophe. Il est temps de changer radicalement de méthode. L'Europe économique existe; elle tend à coïncider avec les limites de l'Europe géographique. C'est assurément une bonne chose : la preuve, c'est que tout le monde veut en être. Il n'y a pas à revenir là-dessus. Mais il est désormais évident que, de cette coalition d'égoïsmes disparates, ne sortira pas à vue de pays un ensemble politique cohérent. Il n'y a pourtant pas d'avenir pour l'idée européenne, c'est-à-dire l'idée d'une puissance démocratique à l'échelle du monde d'aujourd'hui, en dehors de la constitution de ce bloc politique. Ceux qui ont vocation à construire cet ensemble, ce sont évidemment les Six - augmentés de l'Espagne - qui ont été à l'origine de l'aventure européenne : la France, l'Allemagne, l'Italie et le Bénélux. Et c'est la faute de Sarkozy, aujourd'hui frappé par la double scoumoune pétrolière et irlandaise, que d'avoir laissé s'assécher cette source vive dans les sables mouvants d'une Méditerranée incertaine. Qu'avez-vous fait de l'alliance franco-allemande, M. Sarkozy ? Il faudrait pourtant peu de temps et peu de chose pour que l'aventure reparte : un peu de foi des deux côtés du Rhin. Quoi qu'en pensent les réalistes à la vue basse, c'est pourtant de l'idéal européen, celui des Lumières, celui de Victor Hugo, de Mazzini, d'Emmanuel Kant que dépend la solidité de l'Europe réelle, celle des marchands et des citoyens. Que l'on nous rende cet espoir ! Que l'on nous redonne cette possibilité ! La possibilité d'une île que nous pourrions enfin appeler Europe et que, de par ce que notre passé national a comporté de meilleur, nous avions mérité d'aimer. Jacques Julliard Le Nouvel Observateur |
Faut-il s'entêter à ratifier le traité de Lisbonne ?L'Union européenne peut renaître de ses cendres. C'est ce que croit savoir la presse internationale, qui fait preuve d'optimisme après le non de l'Irlande au traité de Lisbonne. Alors que le Conseil européen devrait reporter à octobre sa décision destinée à faire sortir l'UE de l'impasse, les éditorialistes tentent de voir le bon côté des choses.
Pour Le Soir, le référendum est "une bonne nouvelle parce qu'il a déjà forcé les dirigeants européens à adopter une tout autre posture qu'au lendemain du non à la Constitution européenne". Dans un article intitulé "L'Europe doit trouver sa 'flamme Obama'", le quotidien belge affirme que "le non de 2005 avait plongé les 'leaders' dans l'hébétude, avant un épuisant sauvetage des lambeaux de la Constitution, recollés en traité 'simplifié' – qu'on ne pouvait plus mal nommer. Cette fois, foin des lamentations : place à l'action !".
L'action, oui, mais pas n'importe laquelle, selon Angela Merkel. Le Financial Times indique que la chancelière allemande refuse d'aller "aussi vite que possible". En Espagne, El Pais développe le même point de vue. "Le réalisme est en train de s'imposer au sein de l'Union européenne. La crise (...) n'a aucune solution facile, et nécessite du temps pour l'appréhender." Les Vingt-Sept espèrent en effet une sortie de crise en 2009 et la plupart souhaitent que l'Irlande organise l'an prochain un nouveau référendum sur le traité de Lisbonne. Pendant la campagne, les partisans du non arguaient que si le traité de Lisbonne était adopté, l'Irlande perdrait son représentant à la Commission européenne. Si un nouveau référendum a lieu, l'Union européenne devra donc promettre aux électeurs irlandais que le nouveau traité maintiendra leur statut au sein des institutions européennes.
"ENTERREZ-LE" Mais la démarche semble bien compliquée. Alors faut-il vraiment continuer le processus de ratification du traité de Lisbonne ? A cette question, certains analystes osent répondre par la négative. L'article de The Economist, intitulé "Enterrez-le", est particulièrement significatif de ce point de vue. "Il est temps d'accepter que le traité de Lisbonne est mort. L'Union européenne peut très bien se débrouiller sans lui." Pour preuve, l'hebdomadaire britannique affirme que "quelques jours après le scrutin irlandais, la machine bruxelloise a fonctionné normalement, a voté des fusions, se penchant sur les cas de subventions publiques, accueillant des meetings, et votant des directives. L'idée que L'Union des 27 ne peut pas fonctionner sans le traité de Lisbonne n'est tout simplement pas vraie".
Le Guardian pense aussi que "si la réforme [de l'Europe] ne peut pas passer par un grand traité, elle peut se faire par d'autres moyens. Une possibilité serait d'établir un traité pour chaque décision, ou encore d'autoriser des petits groupes de pays à continuer les réformes de leur côté. Même si cela implique de trouver d'autres méthodes, l'Union européenne ne doit pas perdre de vue ses objectifs". |