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« Il faut que les socialistes aient le courage de remettre en cause un certain nombre de dogmes et de slogans pour vraiment inventer le socialisme du réel et du 21ème siècle. »
Ségolène Royal
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Le téléphone sonne à la maison blanche, il est 3heures du matin, malheureusement ce n'est pas pour Hillary.
![]() Quelle sortie pour Hillary ? Si elle ne tient pas à y penser, quelques amis l'ont fait pour elle, comme George McGovern, un fidèle, et qui l'était resté pendant toute la campagne alors qu'il voit en Barack Obama un "nouveau Lincoln". A 85 ans, M. McGovern est encore le modèle du candidat démocrate inspiré, l'homme qui soulevait les foules en 1972, mais qui avait été balayé à l'automne par Nixon, ce qui a traumatisé durablement les démocrates qui se méfient depuis de leur tropisme idéaliste. Mercredi, au lendemain de la performance décevante de Mme Clinton en Caroline du Nord et dans l'Indiana, George McGovern a appelé la candidate à abandonner. "Les mathématiques sont contre elle, a-t-il dit. Le plus tôt sera le mieux." Les proches de M. Obama se sont gardés de pavoiser ou de réclamer le retrait de leur rivale, faisant assaut de remarques respectueuses sur sa "ténacité" et sachant qu'elle n'a pas tout à fait tort lorsqu'elle dit représenter une fraction du parti que le candidat John Kerry n'avait pas su mobiliser en 2004, à savoir les cols bleus, les femmes à revenus modestes, ou les latinos. Leur ton conciliant, assorti à celui de Mme Clinton, a relancé le "buzz" autour d'un ticket commun Obama-Clinton. Mais les nerfs sont très à vif et Hillary n'en est pas là. Elle a passé la matinée en Virginie Occidentale, fraîche comme au premier jour, confirmant qu'elle avait puisé sur ses fonds personnels pour financer sa campagne - 6,4 millions de dollars - ce qui était bien le signe de la ferveur de son "engagement". "Je reste dans la course jusqu'à ce qu'il y ait un candidat désigné", a-t-elle prévenu. Aussitôt le camp Obama a compris que le combat continuait, quoi qu'à petit train, et David Plouffe, le directeur des opérations, en a profité pour tenter d'alimenter les caisses. Appel a été lancé à la génération Obama pour "une donation de 25 dollars pour concurrencer le prêt du sénateur Clinton". En même temps, M. Plouffe a publié "les maths" vus du côté Obama. Par "maths", les spécialistes entendent l'algorithme compliqué qui fait passer, par une voie non proportionnelle, des bulletins de vote aux délégués, en passant par les "super-délégués". "Si on comptait au scrutin majoritaire, comme les républicains, j'aurais déjà gagné", comme dit souvent Mme Clinton. A quelques unités près, les "maths" sont désormais les mêmes d'un média à l'autre. Avec l'Indiana et la Caroline du Nord, M. Obama a engrangé une centaine de délégués supplémentaires. Il ne lui manque plus que 180 voix (sur 478 encore en jeu). "Sauf intervention divine, la course est finie", a assuré le journaliste Tim Russert. Dans l'après-midi, Mme Clinton s'est rendue au siège du parti pour s'entretenir avec des "super-délégués" indécis. Si on prend le Congrès par exemple (283 démocrates), un tiers environ sont pour Obama, un tiers pour Clinton et les derniers essaient de rester neutres, soit qu'ils soient amis des deux, soit qu'ils craignent les représailles s'ils ne votent pas comme leur circonscription, soit qu'ils attendent qu'elle prenne les devants et laisse tomber. Quatre super-délégués,se sont déclarés mercredi, dont 3 pour Obama. Si les anti-Hillary dessinent des scénario du pire, qui la voient aller jusqu'à la Convention, au risque de saborder le parti, d'autres prévoient une sortie à l'amiable et sans précipitation. Mme Clinton finirait tranquillement sa campagne. "Il faut lui donner du temps. C'est l'implosion de toutes ses aspirations; l'implosion de toutes ses ambitions", résume le commentateur Mark Shields. Une solution serait trouvée à la question de la représentation à la Convention de la Floride et du Michigan. Le camp Obama lui rachèterait ses dettes… Et à terme, on lui proposerait la fonction stratégique de chef de file démocrate au Sénat. Un poste qui lui permettrait de participer à la campagne de novembre et, dans le cas où M. Obama serait battu par John McCain, de se préparer à l'élection de 2012. Nouveaux soutiens démocrates cruciaux pour Obama WASHINGTON - Barack Obama a de plus en plus nettement le vent en poupe dans la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine, avec le renfort vendredi d'un "superdélégué" qui soutenait jusqu'ici sa rivale Hillary Clinton et le quasi-soutien de John Edwards. Donald Payne, un élu du New Jersey (est) à la Chambre des représentants qui soutenait Hillary Clinton, a annoncé dans le quotidien local The Star-Ledger qu'il se rangeait désormais derrière Barack Obama. "Après avoir soigneusement réfléchi, je suis parvenu à la conclusion que Barack Obama est le mieux à même d'apporter au pays le changement qu'il attend et dont il a si désespérément besoin", a-t-il expliqué. Or, l'investiture du candidat démocrate dépend désormais uniquement du vote des "superdélégués" dont fait partie Donald Payne et qui sont libres de leur vote à la convention nationale démocrate fin août à Denver (Colorado, ouest). Alors qu'il ne reste plus que six scrutins dans de petits Etats, aucun des deux rivaux n'est plus en mesure d'obtenir grâce aux délégués simples, issus du vote populaire, les 2.025 délégués nécessaires à l'investiture. Après une victoire en Caroline du Nord (sud-est) beaucoup plus large que celle de sa rivale dans l'Indiana (nord) mardi, Barack Obama dispose d'une avance en termes de délégués que les médias jugent impossible à rattraper, mais Hillary Clinton compte sur le soutien des "superdélégués" pour combler l'écart. Coup dur supplémentaire pour l'ancienne Première dame, John Edwards, qui fut le troisième homme de la course et qui était ardemment courtisé par les deux rivaux, a clairement laissé entendre vendredi qu'Obama serait le candidat démocrate. "Je pense que (Hillary Clinton) a très bien défendu sa candidature (mais) le problème, ce sont les chiffres", a-t-il dit à la chaîne de télévision NBC. "Considérons simplement que Barack sera investi, car les choses vont dans cette direction". "Je crois que les Américains attendent quelqu'un qui se battra chaque jour pour eux (...) et je crois que c'est ce que fera Obama", a-t-il ajouté, indiquant qu'il pensait que ce dernier serait le mieux à même de battre le candidat républicain John McCain lors de la présidentielle du 4 novembre. Jeudi, Barack Obama a apporté sa contribution au débat et évoqué une date-butoir: le 20 mai. «Si à ce stade, nous avons la majorité des délégués élus, ce qui est possible, alors je crois que nous aurons des arguments assez forts pour dire que nous avons gagné le plus (de consultations) et que c'est (la fin du match) et que nous avons gagné», a déclaré le sénateur de l'Illinois. Barack Obama n'exclut pas de choisir Hillary Clinton pour la vice-présidence s'il parvient à être investi comme candidat démocrate à la présidentielle du 4 novembre aux dépens de la sénatrice de New York. L'hypothèse d'un ticket Obama-Clinton s'est renforcée après les primaires de l'Indiana et de la Caroline du Nord, qui se sont soldées mardi à l'avantage du sénateur de l'Illinois. "Elle est qualifiée pour être vice-présidente, ça ne fait aucun doute. Elle est qualifiée pour être présidente, ça ne fait aucun doute", a déclaré Obama jeudi sur NBC News. "Elle est infatigable, intelligente. Elle est capable. Et de manière si évidente qu'elle serait présélectionnée par n'importe qui comme candidate potentielle à la vice-présidence". Parmi les autres noms envisagés par les médias pour former un ticket avec Obama, figurent aussi le gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, le républicain Chuck Hagel, le sénateur de Virginie, Jim Webb, le sénateur du Delaware, Joe Biden ou la sénatrice du Missouri, Claire McCaskill. De son côté, l'entourage de Clinton se refuse à tout commentaire pour l'instant. Howard Wolfson, porte-parole de la sénatrice, a jugé cette discussion prématurée, assurant qu'il n'avait jamais entendu Hillary Clinton exprimer un quelconque intérêt pour la vice-présidence. (©AFP / 09 mai 2008 14h11) |
Contre la pérennisation d'un salariat de la misère et pour que tout travail soit justement rémunérateur, les socialistes ont soutenu dès 2005 la création d'un revenu de solidarité active (RSA), destiné à augmenter la rémunération des salariés pauvres. Il s'agissait dans notre esprit de compléter et de prolonger les effets bénéfiques de la prime pour l'emploi (PPE), créée en 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin. Les efforts s'étaient alors concentrés sur les salariés à plein temps rémunérés à proximité du smic. Ce choix demeure pertinent, mais il doit aujourd'hui être amplifié, notamment en direction des travailleurs à temps partiel et à trois quarts temps, comme le proposait le RSA. Cela aurait également été l'occasion d'améliorer le fonctionnement et la lisibilité de la PPE, qui aujourd'hui est versée avec retard.
Or voici que l'on nous annonce que, loin de compléter la PPE, le RSA sera en réalité un dispositif consistant à déshabiller les salariés pauvres à temps plein pour habiller les salariés pauvres à temps partiel ! Cette imposture enlève au concept même de RSA tout son sens.
Lors de son intervention télévisée du 24 avril, Nicolas Sarkozy a demandé aux salariés modestes bénéficiaires de la PPE de financer le nouveau dispositif, idée saugrenue que le haut-commissaire aux solidarités actives a renoncé à contester. Ce sont aujourd'hui 8 millions de travailleurs gagnant à peine plus que le salaire minimum et percevant la PPE qui sont menacés de perdre entre 20 et 150 euros par mois ! Ironie cruelle de l'histoire, ceux qui accomplissent quelques heures supplémentaires perdront la faible hausse de pouvoir d'achat prétendument procurée par les mesures gouvernementales.
A ce stade du débat, il me semble urgent de dire halte à l'imposture et de définir quelle doit être, à mon sens, la position de la gauche vis-à-vis du RSA. Première condition : il est hors de question que cette réforme se fasse au détriment des bénéficiaires de la PPE. Deuxième condition : le nouveau dispositif doit –comme la PPE– prendre la forme d'un crédit d'impôt géré par l'administration fiscale, et non d'une allocation gérée comme les minima sociaux par les caisses d'allocations familiales. Les salariés rémunérés au smic, qu'ils travaillent à temps plein ou à temps partiel, paient aujourd'hui plus de deux mois de salaire au titre de la TVA et un mois de salaire au titre de la CSG. Ce sont des contribuables dont il faut alléger la charge fiscale – et non des allocataires de revenus d'assistance.
Que le nouveau dispositif ainsi refondu prenne le nom de PPE ou de RSA n'a guère d'importance, pourvu que ces conditions de fond soient satisfaites.
Au soir du premier tour de l'élection présidentielle, M. Sarkozy avait dit vouloir " parler à ceux auxquels on ne parlait plus, aux travailleurs, aux ouvriers, aux employés ". Aujourd'hui, 16 000 contribuables assujettis à l'impôt sur la fortune se voient rembourser chaque année 350 millions d'euros au titre du bouclier fiscal.
Mais ce sont ceux qui ont de petits revenus, les plus nombreux dans notre pays, qui paient le prix de l'austérité, alors qu'avec 15 milliards d'euros chaque année le paquet fiscal aurait pu financer le RSA ! Au-delà de la question budgétaire, c'est également la philosophie du revenu de solidarité retenue par le gouvernement qui est contestable. La lutte contre la pauvreté au travail et l'incitation à la reprise d'activité ne passent pas seulement par le complément entre salaire et prestation sociale. Une politique ambitieuse doit prendre en compte toutes les contraintes, y compris non monétaires, qui empêchent les demandeurs d'emploi de retrouver un travail décent.
Cela suppose d'abord un véritable accompagnement individualisé des bénéficiaires de minima sociaux. Aujourd'hui, moins de 35 % des RMistes sont suivis par l'ANPE. On ne peut pas continuer ainsi.
Autre carence majeure, le dispositif proposé ne permettra pas de surmonter l'ensemble des freins à la reprise d'emploi : pourtant, les contraintes de santé, les difficultés de transport ou l'absence de modes de garde pour les bénéficiaires de l'allocation parent isolé constituent des limites puissantes à l'acceptation d'un travail. Il faut en particulier créer un véritable service public de la petite enfance, dont l'absence limite l'accès des femmes au travail.
Enfin, la mise en oeuvre du dispositif devrait s'accompagner d'engagements du côté des entreprises. En venant en aide aux travailleurs pauvres, le RSA ne doit pas se substituer à leur responsabilité sociale, tant sur les salaires que sur les formes de contrats de travail privilégiées. Faute de négociation avec les partenaires sociaux, la modération salariale va s'aggraver et le recours au temps partiel subi va s'accélérer, créant ainsi des trappes à bas salaires.
Sur tous ces sujets, le gouvernement n'apporte aucune réponse. C'est la gauche qui, en 2000, a lancé ce vaste chantier de la revalorisation du travail et du pouvoir d'achat des salariés modestes. Si le gouvernement veut réellement compléter et améliorer le fonctionnement de ce dispositif, nous sommes prêts à y contribuer. Ne laissons pas dévoyer aujourd'hui cette belle idée : une autre politique est possible.
LEMONDE.FR | 09.05.08