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Madeleine Ngombet Chargée du blog « Il faut que les socialistes aient le courage de remettre en cause un certain nombre de dogmes et de slogans pour vraiment inventer le socialisme du réel et du 21ème siècle. » Ségolène Royal

JEAN PIERRE DENIEUIL Coordonnateur DE DESIRS D'AVENIR 16

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Des sondages en berne

Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 02/05/2008 à 20:14 :: Général

 

 
 

 


 


    Sarkozy perd 2 points, Fillon en perd 8
    Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy était élu président de la République avec 53,06% des voix. Un an après sa cote de popularité a chuté à 32%.. Celle du Premier ministre est à 42%.
       
 
 
 
 
 

 

 

Sarkozy : les illusions perdues

Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 02/05/2008 à 19:57 :: La France de Sarkozy

 


 

 

    Sarkozy : les illusions perdues

 

 

Son omniprésence et sa frénésie de réformes donnent le spectacle déprimant d'un couteau suisse dont toutes les lames seraient ébréchées. A la déception d'aujourd'hui, on mesure l'ampleur des espoirs suscités hier


Finalement, gouverner est plus facile que je ne le pensais», confie, bravache ou inconscient, Nicolas Sarkozy à notre confrère «le Point». Il y a là un lointain écho à Mussolini qui déclarait jadis : «L'Italie n'est pas difficile à gouverner», et qui ajoutait, désabusé, «mais cela ne sert à rien !». De la France de Sarkozy, on est tenté de dire à notre tour : elle est moins difficile à réformer qu'on ne le prétend souvent, mais cela ne sert à rien non plus !

 

Depuis un an, nous avons vécu dans une véritable orgie de réformes de toutes farines, de toutes tailles et de tous azimuts; réformes projetées, réformes ébauchées, réformes avortées, réformes réussies, mais, dans presque tous les cas, réformes sans effet. Nous restons dans l'univers du «Guépard» : il faut que tout change afin que tout demeure comme avant. Les usagers des transports ont-ils vu quelque chose de changé les jours de grève ? La détaxation des «heures sup» a-t-elle accru le pouvoir d'achat des salariés ? L'autonomie des universités, peu contestable dans son principe, en a-t-elle, pour le moment, modifié les cursus et le fonctionnement ?

 

 

La liste est longue de ces réformes en trompe-l'oeil ou en eau de boudin, sans parler de celles qui coûteront plus cher qu'elles ne rapporteront, comme l'extinction progressive des régimes spéciaux de retraite. Certes, soyons équitables : certaines démarches ont été des réussites, comme la mise sur pied d'un traité européen abrégé, ou la réforme de la représentativité des syndicats, mais ce ne sont pas les plus nombreuses.
On ne reviendra pas sur le «paquet fiscal» qui a enclenché la sarabande. Les Gracques, dont on lira plus loin l'analyse, parlent justement à son propos de «keynésianisme pour les riches». Pour avoir dénoncé les premiers le mauvais aiguillage que prenait d'emblée le train des réformes, nous avons été accusés, jusque dans nos propres rangs, de sectarisme, d'apriorisme, de sévérité précipitée. On voit aujourd'hui ce qu'il en est. Le laxisme des débuts a rendu impossible la rigueur qui serait aujourd'hui nécessaire. Les déficits se creusent, la dette continue d'enfler, donnant à l'Europe le spectacle d'un pays gouverné comme un Etat du tiers-monde. Même Berlusconi, qui appartient plutôt à l'espèce des démagogues, a compris cette fois-ci qu'il fallait parler à son pays le langage churchillien de l'effort et des sacrifices.

 

 

La vérité, c'est que, contrairement à la légende qu'il a lui-même accréditée, Nicolas Sarkozy a accédé au pouvoir dans un état d'étonnante impréparation. Certes, il existait en grand nombre des projets de réforme. Mais l'ordre dans lequel les déployer, leur hiérarchisation dans un plan systématique, sans parler de la justice dont ils doivent s'inspirer pour réussir, tout ce qui est la marque des grands réformateurs - songeons à de Gaulle en 1958 -, tout cela a fait défaut. D'où le sentiment d'incohérence, d'illisibilité, la multiplication des «couacs» entre ministres. Nous avons affaire à une «présidence à vue» (Laurent Fabius) où l'improvisation se dissimule derrière de grands discours vides (la «politique de civilisation») ou d'interminables catalogues irréalisables (les 316 propositions de la commission Attali «pour changer la France», les 141 mesures pour faire des économies aujourd'hui ... ) .


 Au bout d'un an, l'omniprésence de Sarkozy, la frénésie des réformes donnent le spectacle déprimant d'un couteau suisse dont toutes les lames seraient ébréchées. L'opinion ne s'y trompe pas, devenue d'une sévérité extrême jusque dans les rangs de la majorité : à la déception d'aujourd'hui, on mesure l'ampleur des espoirs suscités hier.

 


Mais qui est donc Nicolas Sarkozy ? Le sait-il vraiment lui-même, cet homme chez qui «la sincérité et le calcul sont indissociables» (Laurent Joffrin dans «Le roi est nu») ? Sûrement pas le vichyste ou le facho que feint de voir en lui une extrême-gauche intellectuelle qui tente de faire prendre ses outrances pour de la lucidité. Alors, un libéral ou un dirigiste ? Un européen ou un atlantiste ? Un populiste ou un ploutocrate ? Il y a des arguments pour chacune de ces options.

L'opinion découvre avec un certain effarement que la France a élu il y a un an un ovni de la politique, un homme à certains égards attachant et sincère, à d'autres exaspérant de narcissisme : un tempérament plutôt qu'un caractère, une ardeur plutôt qu'une volonté, une intelligence plutôt qu'une culture, une carrière plutôt qu'un destin.

 

« Toujours agité, toujours en mouvement, d'une activité dévorante, roulant constamment dans sa tête de vastes projets, d'une opiniâtreté et d'une violence extrêmes, il mettait souvent au désespoir les personnes qui avaient affaire à lui... Avec lui on ne peut jamais compter sur quelque chose, il change de résolution d'une heure à l'autre; quand il a médité une chose pendant la nuit, il faut qu'elle s'exécute dés le lendemain matin; il veut tout faire par lui-même, il est si pétulant, si emporté, si difficile à manier qu'on peut à peine décrire son caractère. » Ces lignes que j'emprunte à un portrait du pape Jules II (1503-1513) par l'historien allemand Ludwig von Pastor décrivent bien le désarroi dans lequel nous plonge Nicolas Sarkozy, au pied du mur de la deuxième année.

 

D'autres avant lui qui avaient beaucoup réformé pendant les premiers mois, comme Giscard et Mitterrand, s'étaient cassé le nez sur ce mur. «Je ne cours pas le même risque, confie Nicolas Sarkozy à ses interlocuteurs, car, moi, je ne songe pas du tout à une réélection.» Les Français n ont donc pas encore tout perdu, excepté leurs illusions.


Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur

 

 

 

Côte de popularité du président Nicolas Sarkozy

Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 02/05/2008 à 19:49 :: Sondages

 

 

 


    Le président Nicolas Sarkozy   

 


Un sondage CSA pour Marianne à paraître samedi 3 mai indique que 55% des Français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy se présente à l'élection présidentielle de 2012, tandis que 29% le souhaitent.

 


Concernant les quatre prochaines années, 52% des Français estiment qu'en 2012, à l'issue du mandat de Nicolas Sarkozy, leur situation personnelle "sera moins bonne qu'aujourd'hui", tandis que 21% pensent qu'elle sera "meilleure", et 13% "ni meilleure ni moins bonne".

 

 

Pouvoir d'achat et déficits

 

Ils sont en particulier 68% à prévoir qu'en 2012 leur "pouvoir d'achat aura diminué" (contre 23% à penser qu'il aura augmenté), et 49% à estimer que "les déficits et la dette publique auront augmenté" (contre 38% à prévoir qu'ils auront baissé).


Ils sont par ailleurs 62% des sondés à penser que d'ici 2012, "l'hypothèse la plus probable" est que "la France va traverser une grave crise d'ici la fin du mandat de Nicolas Sarkozy", contre 30% à penser que le président "va terminer son mandat sans difficultés majeures".

 

Enfin, 49% souhaitent que Nicolas Sarkozy "garde François Fillon" comme Premier ministre jusqu'à la fin de son mandat, 20% préfèrent qu'il le laisse "terminer ses dossiers en cours" et 11% veulent que le président "change rapidement de Premier ministre". (avec AP)

 

- Sondage réalisé par téléphone le 25 avril dernier sur un échantillon représentatif de 1002 personnes âgées de 18 ans et plus, choisies selon la méthode des quotas.

 

 

 

 

 

USA 2008: Des super-délégués super-courtisés

Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 02/05/2008 à 18:10 :: International

 

 

Des super-délégués super-courtisés

 

 

 

 

© REUTERS / Gary Hershorn -

Dans le duel ultra-serré que se livrent Hillary Clinton et Barak Obama, ce sont les quelque 796 super-délégués, électeurs hors-normes, qui feront basculer l’investiture démocrate. Ils sont aujourd’hui très courtisés par les candidats…

 

On les avait presque oubliés


En entrant dans l’œil du cyclone, eux-mêmes réalisent subitement combien ils vont peser sur la nomination du candidat démocrate dans les tout prochains mois. Jusqu’à présent, 263 super-délégués se sont prononcés pour Hillary Clinton, 244 pour Barak Obama. Les autres ne sont pas décidés. Alors, au fil des primaires, ils deviennent de plus en plus courtisés.

La "création" des super-délégués remonte au début des années 80.
Il s’agit alors de rééquilibrer les forces entre la base et la direction du parti, pour éviter que les militants ne tirent trop le parti à gauche, que leur aveuglement n’envoie pour le sprint final un candidat battu d’avance. Ce rôle de pondérateur a été utilisé dès 1984 quand les super-délégués ont pesé sur la nomination de Walter Mondale contre le trop libéral Gary Hart, à l’époque candidat des campus principalement. Pour la petite histoire, les démocrates ont perdu la présidentielle face à Ronald Reagan.

Ces 796 barons pèsent à eux-seuls plus de 20% des voix dans la course à l’investiture démocrate. Qu’ils soient élus du Congrès, gouverneurs ou cadres du parti, ces "pros" au pouvoir démesuré peuvent faire basculer la nomination.

Pas un jour sans un coup de téléphone, un courriel ou une lettre. Par centaines, les partisans de Clinton ou Obama tentent de les convaincre. Les candidats eux-mêmes, leurs conjoints, leurs enfants décrochent leur téléphone régulièrement. Car chacun a bien compris qu’aucun des deux candidats n’atteindra le seuil des 2.025 délégués "normaux", nécessaire à l’investiture. Il faudra que les super-délégués s’en mêlent pour faire la différence.

 

Le dilemme

Doivent-ils suivre le vote populaire ou donner automatiquement leur voix à celui ou celle qui aura récolté le plus grand nombre de délégués "normaux" ? C’est tout le dilemme. Faut-il faire bouger les lignes et voter pour le candidat de son choix, quitte à invalider ce vote populaire ?

Côté Obama, on se targue d’avoir réussi à mobiliser des milliers d’électeurs qui ne se seraient pas déplacés en tant normal. C’est le champion des "primo-votants", des jeunes donc, et de la communauté noire sans laquelle un démocrate ne peut pas gagner l’élection générale. L’analyse est juste.
Côté Clinton, on souligne que la candidate a remporté le plus grand nombre des Etats qui compteront le soir du 4 novembre : la Pennsylvanie et l’Ohio notamment, qui sont réputés "swing states", c’est-à-dire qui changent de candidat au fil des élections et "font" donc le vainqueur final. Cette analyse est juste également.

 

Il reste neuf primaires

 

Mardi, c’est au tour de la Caroline-du-Nord et de l’Indiana de voter. La première est acquise à Obama. Si Hillary Clinton emporte dans la seconde, elle aura définitivement fait la démonstration qu’elle est la seule à attirer les ouvriers. Après sa nette victoire en Pennsylvanie, l’ex-first lady sera totalement relancée.
Si le sénateur de l’Illinois gagne dans l’Indiana, Hillary Clinton aura laissé passer le "momentum", l’élan du moment, et quasiment perdu la course.

Quelque soit le résultat, il constituera une indication importante pour les qulque 230 super-délégués encore indécis. Poussés par le numéro un du parti démocrate Howard Dean, ils devront en tout cas se déterminer avant la convention du mois d’août, car il n’est pas question d’arriver en ordre dispersé à Denver (Colorado). Ce serait suicidaire pour l’élection générale du 4 novembre.

Reportage : Fabienne Sintès, à New-York
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Barack Obama, quelqu’un en devenir, avisé et solide

Par Madeleine Ngombet Chargée du blog :: 02/05/2008 à 17:44 :: International

 

 


 

    Barack Obama, quelqu’un en devenir, avisé et solide  
 
 
 
Un soir après les primaires, dans ma petite ville de Pennsylvanie, je prenais un verre avec des amis et je me sentais «amère» (1) : je venais de voter pour Barack Obama, ce qui faisait de moi une «élitiste». Il y avait un ancien ouvrier sidérurgiste de Pittsburgh parmi nous, cependant : cela nous rendait-il plus proches du spot télévisé caricatural que je venais de voir à la télévision, dans lequel Hillary Clinton sifflait une rasade de whisky au milieu d’ex-prolos de Crown Point ?
 
 
Techniquement, Obama venait de perdre la consultation électorale démocrate locale et pourtant, en tant que native de Pennsylvanie, je mesure que ce qu’il a accompli dans cet Etat si particulier ressemble fort à une remarquable prouesse. Nous autres Pennsylvaniens ne sommes pas de grands amateurs de changement, franchement. Je connais des gens de ma ville natale qui attendent encore aujourd’hui la réouverture des mines de charbon qui ont fermé leurs puits il y a trente ans.
Nous restons l’une des rares contrées des Etats-Unis où il faut encore acheter (hors de prix, à cause des taxes) son alcool dans des «magasins d’Etat» aux horaires totalement ringards. Nous ne sommes pas conservateurs, pour autant : circonspects, plutôt.
 
 
Première femme à briguer la présidence avec quelque chance, Clinton ne se distingue que par sa tenue vestimentaire des hommes politiques professionnels qui en ont fait de même avant elle. Son tempérament, son histoire personnelle, son appartenance à un clan politique solidement établi, ainsi que sa propension à recourir aux attaques venimeuses et à jouer les gros bras avec des déclarations souvent irresponsables, appartiennent à une tradition que nous connaissons trop bien. Elle fait partie de l’establishment. Elle nous maintient en terrain connu.
 
Barack Obama, lui, personnifie un énorme changement. Sa carrière politique est encore en plein essor. Il apprend en chemin. Il a des certitudes mais il est aussi quelqu’un en devenir. Un risque. Bien que ses détracteurs aiment souligner pesamment son manque d’expérience, il a déjà démontré auparavant, et durant cette longue campagne électorale, qu’il était intelligent, maître de soi, avisé et «solide» dans le vrai sens du terme, sans avoir besoin de rodomontades hollywoodiennes à propos de «rayer de la carte» tel ou tel pays. «J’ai toujours pensé qu’avoir la "peau dure", c’est d’abord de ne pas s’en vanter», remarquait-il récemment.
 
Tout le monde peut se proclamer patriote à la petite semaine en s’épinglant le drapeau américain à la boutonnière, mais il n’est pas donné à n’importe qui de se faire insulter et railler pendant dix-huit mois sans répliquer sur le même ton, et c’est ce dont Obama a été jusqu’ici capable.
On peut feindre beaucoup de choses. Pas l’intégrité intellectuelle et morale.
 
 Le matin des primaires en Pennsylvanie, il y avait deux prospectus électoraux sous ma porte. Sur le premier, le sénateur Obama se contentait d’encourager les électeurs à aller déposer leur bulletin et d’expliquer où trouver la liste des bureaux de vote ; il ne demandait même pas explicitement de voter pour lui, bien que la publication porte sa signature. Le second, émanant de Clinton, reproduisait hors de tout contexte la citation désormais fameuse de Obama à propos de «l’amertume» des gens des petites villes de Pennsylvanie, lors d’une réunion privée à San Francisco. «Est-ce vraiment ce qu’il pense de nous ?» demandait la candidate en grandes lettres d’un rouge colérique, puis : «Barack Obama nous comprend-il, nous et nos valeurs ?» Une fois surmontée ma déception dégoûtée devant ce nouvel exemple de campagne négative, je n’ai pu m’empêcher de penser : «Désolée, Mme Clinton,mais vous ne faites pas partie de "nous" non plus. Et n’essayez pas de faire semblant. C’est insultant.»
 
L’Amérique est un immense pays, d’une grande diversité ; nous ne sommes pas une masse uniforme, même si nous manifestons un enthousiasme rare à nous réunir autour de notre drapeau. Un candidat à la présidence est «l’un de nous» en ce qu’il est américain, voilà tout : jusqu’à quand les prétendants à la Maison Blanche se sentiront-ils obligés de nous prendre pour des imbéciles en prétendant être «exactement comme nous» ? Si Obama rencontrait mon beau-frère partant à la chasse au chevreuil dans son pick-up, je suis presque certaine qu’il dirait : «Je n’ai pas de porte-fusils sur mon véhicule, moi, mais je ne vois aucune objection à ce que vous en ayez un» ; quant à la sénatrice Clinton, je suis prête à parier qu’elle s’exclamerait : «J’en ai un, moi aussi ! Je le jure ! C’est juste que je ne l’ai pas avec moi aujourd’hui.»
 
En tant que romancière dont les livres veulent décrire les désillusions et l’optimisme obstiné des gens du pays minier pennsylvanien, la brutalité et la solidarité manifestées par ces communautés en crise, je n’ai pu que sympathiser avec Obama devant les critiques distordues que lui ont valu ses propos sur l’état d’esprit de la Pennsylvanie profonde.
 
 
En Amérique, nous avons tendance à appeler amour de son pays natal le refus de considérer les défauts de celui-ci, et à taxer d’ingratitude ou d’élitisme ceux qui osent dire que tout n’est pas pour le mieux dans la meilleure des villes, le meilleur des Etats ou la meilleure des nations.
Aimer, c’est d’abord accepter ; c’est continuer à aimer «en dépit de», et pas seulement «parce que».
 
 Les êtres qui inspirent mes romans peuvent être victimes des circonstances, d’un contexte économique et social dans lequel ils ne trouvent plus tout à fait leur place, mais jamais de l’autocomplaisance. Et je pense que ce sont ces mêmes personnes auxquelles Obama pensait lorsqu’il a mentionné ces résistances au changement perceptibles au sein d’une certaine partie de la population américaine. Il a évoqué ces gens qui «se raccrochent à leur fusil de chasse, et à la religion, et à l’antipathie envers ceux qui ne sont pas comme eux», antidotes à la frustration d’avoir vu la plupart des emplois industriels supprimés il y a des années. Cela a toujours été le cas ; simplement, c’est plus évident aujourd’hui parce que c’est tout ce qui nous est resté.
 
La Pennsylvanie ouvrière a perdu ses emplois mais aussi son identité ; personne ne meurt de faim mais tout le monde est touché par la pauvreté spirituelle. Quand on se sent trompé et battu, on se raccroche à tout ce qui permet d’oublier la défaite : ces communautés ne sont pas mues par la colère, mais par une fierté meurtrie. Amers ? Oui, mais surtout fatalistes. Des décennies après la fermeture des mines, après un temps où accomplir un travail exténuant, sans certitude du lendemain, avait modelé une philosophie de la vie, la mentalité collective reste dominée par la certitude incontestée que tout ce qui nous arrive échappe à notre contrôle.
 
Et c’est justement pourquoi le succès d’une personnalité comme Obama, même en Pennsylvanie, montre selon moi que nous sommes enfin prêts à nous confronter à la fatalité, à nous forger un nouveau destin.
 
 
Si Obama est élu, je ne m’attends pas à voir soudain apparaître une Amérique plus ouverte, plus solidaire, «meilleure». Ce que je désire pour mon pays, c’est exactement ce que j’attends de mes enfants : qu’il se montre à la hauteur de ses potentialités. Ce soir-là, dans un bar avec mes amis, aucun d’entre nous ne s’est montré particulièrement impressionné que Clinton puisse vider un whisky cul sec, puis avaler une bière - en anglais, on appelle cela «a boilermaker», «un chaudronnier».
A la place, nous nous sommes demandé ce qu’elle aurait pu faire pour paraître plus «Pennsylvanienne de base» : aller chasser la marmotte, cracher du jus de tabac dans une boîte de conserve vide ou s’attabler devant une potée à la cuisse de porc.
Et nous sommes tous tombés d’accord sur un point : si la sénatrice était capable d’avoir conscience de sa propre amertume, et de savoir la dominer, elle serait un petit peu plus en mesure de devenir «l’une des nôtres».
 
(1) Allusion à une réflexion d’Obama sur «l’amertume» des Pennsylvaniens, ndlr.
Tawni O’Dell romancière.
QUOTIDIEN Libération: vendredi 2 mai 2008
Traduit de l’américain par Bernard Cohen
 
 

 

 

 

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