A quoi l'attribuez-vous?
Le problème est que nous avons une conjonction de facteurs négatifs qui ont entraîné une hausse des prix. Dans plusieurs pays, les effets du changement climatique ont entraîné de mauvaises récoltes l'année dernière. Il y a eu la sècheresse en Australie mais aussi au Kazakhstan, des inondations en Asie, des ouragans en Amérique latine, et un hiver exceptionnellement froid en Chine. A cela s'ajoute un épuisement des stocks. Parallèlement, il y a un accroissement de la demande dû à une augmentation de la population mondiale. Dans les pays émergents qui connaissent des forts taux de croissance, comme la Chine et l'Inde, la population consomme aussi plus de produits alimentaires. Enfin, la nouvelle demande en bioénergies a également joué. Jusqu'à présent, la production agricole était suffisante pour assurer l'alimentation humaine et animale. Désormais, des quantités importantes vont à la production des bioénergies.
Cette crise se limite-t-elle aux pays en voie de développement?
Mais c'est le monde entier qui est touché puisqu'il y a une globalisation des échanges de produits agricoles. Bien sûr, comme toujours, ce sont les pays en voie de développement qui souffrent le plus. Mais je ne serais pas surpris si les réactions populaires que l'on a pu observer en Afrique ou dans les Caraïbes s'étendent prochainement à l'Asie. Il existe déjà de nombreuses tensions dans beaucoup de pays asiatiques, y compris ceux qui exportent des produits alimentaires.
Cette situation est-elle amenée à durer?
Oui, car je ne vois pas de raisons objectives à des diminutions de prix. Certes, il devrait y avoir une augmentation de 4,6% de la production mondiale de produits agricoles cette année mais ce ne sera pas suffisant pour faire face à l'accroissement de la demande. Si nous ne prenons pas les mesures appropriées, il faut donc s'attendre à de nouvelles émeutes de la faim.
Comment faire pour sortir de cette crise?
Il y a des mesures à prendre à très court terme. D'abord faire que ceux qui bénéficient de l'aide alimentaire, les enfants ou les habitants de pays en conflit, continuent à la recevoir. Mais surtout, il faut s'attaquer au problème de l'offre. Il faut permettre aux agriculteurs d'accéder aux semences et aux engrais, dont les prix ont aussi fortement augmenté, pour la récolte prochaine. Sinon, nous devrons faire face à une situation encore plus grave qu'aujourd'hui. Il faut réfléchir à l'aide à apporter aux pays en voie de développement qui ont vu leur facture d'importation de produits alimentaires augmenté de 25 % cette année.
Comment aider également les pays qui ont été obligés de supprimer les taxes et droits de douane sur les produits importés pour ne pas répercuter la hausse des prix sur les consommateurs?
Enfin, à plus long terme, il faut réfléchir aux moyens mis en oeuvre pour relancer la production mondiale.
Propos recueillis par Antoine MALO
Le Journal du Dimanche