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En révélant dans le numéro du 1er mars de Marianne que des patrons ont monnayé le silence de Denis Gautier-Sauvagnac, Eric Decouty a interrompu les vacances de Laurence Parisot, perturbé la visite présidentielle en Afrique du Sud… et relancé une affaire qu'on croyait close.
Tapis rouge au Medef. © Nicolas Delepierre « Cela me fait l'effet de la révélation d'un secret de famille », s'était étranglée la présidente du Medef quand avait éclaté l'affaire des caisses de l'UIMM en octobre dernier. L'enquête d'Eric Decouty dans l'édition de Marianne du 1er mars donne un saisissant relief à sa remarque : Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) a obtenu des membres du bureau de l'UIMM une enveloppe de 1,5 million d'euro et une garantie de couverture des frais de justice que pourrait occasionner sa mise en examen (prononcée le 15 janvier), en échange de son silence sur les bénéficiaires des retraits dans les caisses de l'UIMM. Et qui donc a mené les négociations entre DGS et l'UIMM ? Michel de Virville, secrétaire général de Renault et président de la commission des relations du travail et de l'emploi au Medef, accessoirement bras droit de Laurence Parisot. Raison pour laquelle cette dernière a interrompu ses vacances le vendredi 29 février pour revenir à Paris et « prendre les décisions qui s'imposent ». Du fait de l'implication directe d'un des responsables du syndicat, le Medef ne peut, cette fois-ci, se fendre de la même neutralité qu'il avait affichée au début de l'affaire. Le réflexe de la présidente avait alors été de plaider pour une « nouvelle ère de transparence », évoquant même une « charte éthique » dont l'adoption serait un préalable à l'entrée au Medef. Dans les faits, cette « charte », qui exige notamment des comptes certifiés, a été acceptée par le conseil exécutif du syndicat. Elle doit maintenant être entérinée par l'assemblée générale de juin prochain, avant la mise en conformité des diverses fédérations qui composent le Medef. Opération qui devrait aboutir en juin 2009. Une mesure d'urgence, donc.
Serait-ce le moment d'un petit ménage dans le patronat ? © Nicolas Delepierre Anne Lauvergeon en ligne de mire ? Si le nouveau président de l'UIMM, Frédéric Saint-Geours, a soutenu sur Europe 1 que l'argent promis à DGS n'était qu'une prime de licenciement et que la fédération ne garantissait financièrement que les retombées fiscales (et non judiciaires) de l'affaire, la vivacité des réactions laisse présager de sérieux remaniements à venir. Injoignable, puisqu'en visite officielle en Afrique du Sud, l'équipe du président de la République préparerait néanmoins une déclaration sur le sujet. Car, dans ses bagages, Nicolas Sarkozy avait tout de même emmené rien de moins qu'Anne Lauvergeon, présidente d'Aréva, membre du conseil exécutif du Medef…et membre du bureau « restreint » de l'UIMM ayant validé l'accord avec DGS. Après la grande distribution et le capitalisme financier, les pontes de la métallurgie pourraient-ils se faire remonter les bretelles par le chef de l'Etat ? Dominique Paillé appelle le patronat à établir «un cadre de décence» Ces dernières révélations sont en tout cas du pain béni pour la gauche. Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande, s'est immédiatement prononcé pour une annulation de l'accord entre DGS et l'UIMM… par le gouvernement ! Côté majorité présidentielle, la discrétion est de mise : à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucune membre de la majorité ou de l'UMP n'a réagi. Dominique Paillé, Secrétaire général adjoint de l'UMP, a fait part à Marianne2.fr de sa « surprise, sinon de sa stupéfaction » face à la nouvelle, notamment sur le fait que seule une partie du bureau de l'UIMM avait validé un des volets de l'accord. « Ces montants exorbitants jettent sur le patronat un cadre de déconsidération dont il n'avait pas besoin, a-t-il insisté. Cet accord est un très mauvais signal et le patronat, qui se plaint souvent de sa mauvaise image, se doit d'établir un cadre de décence. » Il a par ailleurs affirmé ne pas douter que, après s'être prononcé sur le capitalisme financier dans l'affaire Kerviel et la grande distribution suite à l'enquête de 60 millions de consommateurs, le président de la République ne manquerait pas de donner son opinion sur le dernier rebondissement du dossier UIMM. On attend ça avec impatience ! |
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Le gouvernement s'en serait bien passé à dix jours des municipales: selon les derniers chiffres de l'ANPE rendus publics hier, le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 0,7% en janvier, marquant ainsi un coup d'arrêt à la baisse observée depuis 2005. Le ralentissement de la croissance et le climat politique inciteraient les entreprises à geler les embauches.
Déjà aux prises avec les inquiétudes des Français concernant le pouvoir d'achat et l'envolée des prix, le gouvernement doit faire face à une mauvaise nouvelle sur le front de l'emploi. Selon les chiffres de l'ANPE publiés jeudi, le nombre de chômeurs de catégorie 1 a augmenté de 0,7% en janvier (+ 13200 personnes) pour s'établir à 1910500 personnes. Si l'on prend en compte les catégories 1 à 6 - toutes les personnes inscrites à l'Anpe à la recherche d'un CDI à temps plein, y compris celles ayant travaillé à temps partiel plus de 78 heures dans le mois, une définition plus large et plus conforme aux règles européennes - on compte en janvier 2379200 demandeurs d'emploi en France, soit une progression de 1,4 %. Prenant acte de cette hausse, la ministre de l'Economie Christine Lagarde a souligné qu'elle intervenait "après plusieurs mois de baisse continue". Depuis janvier 2007, le chômage a reculé de 8,4%. "Les autres indicateurs disponibles sur le marché du travail sont bien orientés", a rajouté Bercy, précisant que "les créations d'emplois sont restés vigoureuses au quatrième trimestre, et que l'emploi dans l'intérim s'est redressé." Inflexion de tendance Malgré les certitudes de Christine Lagarde, la remontée du nombre de chômeurs en janvier pose la question d'une éventuelle inflexion de tendance. D'autant que la situation française contraste avec l'embellie du marché du travail en Allemagne depuis le début de l'année : moins 75000 demandeurs d'emploi encore le mois dernier. Pour Julien Dray, porte parole du Parti socialiste, "cette hausse confirme le ralentissement économique auquel est confronté le pays, malgré les vaines dénégations de la ministre de l'Économie. Alliée à la dégradation du moral des ménages, qui atteint son record historique le plus bas, elle amplifie le marasme ambiant." Qualifiant l'augmentation du chômage de "conjoncturelle", le Premier ministre François Fillon a mis en avant les futures reformes comme "la fusion ANPE-Unedic, la modification du contrat de travail, les nouvelles règles de négociation des heures supplémentaires dans les entreprises, la formation professionnelle, la réforme de l'assurance chômage." L'objectif : "Faire comme les meilleurs européens c'est-à-dire être à 4 ou 5% de chômeurs", a-t-il expliqué. Croissance insuffisante pour créer des emplois Il faudra peut-être patienter. "Il est possible que nous connaissions une inflexion de tendance au moins pour quelques mois", prévient Nicolas Bouzou, économiste du bureau d'analyse Astères. "Compte tenu d'une évolution plutôt favorable de la population active, il faut une croissance de 1,8% à 2% pour faire baisser le taux de chômage en France". Or, "la croissance en rythme annualisé a été 1,2% au quatrième trimestre 2007 et cela ne devrait pas s'améliorer sur les trois premiers mois de cette année. Ce n'est pas suffisant pour créer des emplois" , analyse Nicolas Bouzou. Pour lui, "il faut aussi tenir compte des anticipations des chefs d'entreprise confrontés à un climat politique dégradé, aux conséquences de la crise des subprimes et à un ralentissement de la croissance mondiale. Tout cela les incite plutôt à relier la voile", conclut l'économiste qui prévoit une alternance de stabilisation et d'augmentation du chômage dans les mois à venir. Des chiffres qui cachent la réalité du chômage Dès jeudi, le collectif Les autres chiffres du chômage (Acdc) a dénoncé "le mensonge officiel des statistiques de l'Anpe". "Depuis des mois, nous disons que ces chiffres ne sont un indicateur crédibles de l'évolution de la situation du marché du travail et cachent la réalité du chômage", explique Pierre Concialdi, économiste et membre d'Acdc. "Par exemple, le nombre de chômeurs est deux fois supérieur à celui annoncé par l'Anpe." Pour lui, seule fait foi l'enquête sur l'emploi, publiée chaque trimestre par l'Insee. Prochains résultats le 6 mars. |
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